Presse | Sac la Mort

EXTRAITS DE PRESSE

On songe à d’autres cinéastes qui ont su saisir une comparable réinvention de notre langue : Rouch en Afrique de l’Ouest, Perrault au Québec ou, plus récemment, Jean-Charles Hue avec la communauté yéniche. Comme Jean-Charles Hue, Emmanuel Parraud part sur des terrains cinématographiquement repérables (le polar, le fantastique) pour mieux déterritorialiser le cinéma en le frottant à une parole, une temporalité et un imaginaire encore inexplorés.

LIBERATION - Marcos Uzal

Exceptionnel, ce sentiment de rencontrer un monde où aucun des codes les plus usuels n’est exactement respecté. Ni les mots, ni les gestes, ni les rythmes. C’est dérangeant, oui. Et intrigant. Et puis, grâce surtout à deux hommes, celui devant la caméra qui dans le film s’appelle Patrice et celui derrière la caméra, Emmanuel Parraud, c’est bientôt émouvant, amusant, séduisant. Cela emporte. Bien sûr, on comprend. Mais personne ne fait ce qu’il semblerait approprié, personne ne dit les mots auxquels on s’attend. Et c’est peu à peu tout le film qui part dans une longue glissade, entre veille et rêve, entre réalité et ivresse, entre âpreté des choses et magie.

SLATE - Jean-Michel Frodon

Le beau long métrage d’Emmanuel Parraud se termine par des plans de carrefours déserts, peuplés de fantômes en ­formes de poches de plastique que le vent habite. Ce qui est venu avant tient à la fois de l’étude sociale et du film fantastique. Sac la mort est un film en lisière, de la société et de la raison (…) Sur cette trame très simple, le cinéaste construit la géographie et l’histoire d’un territoire ignoré par le cinéma. Refusant l’exotisme avec une rigueur qui frise l’austérité, il cerne le poids que la misère, l’héritage de l’esclavage et de la ­colonie font peser sur les rapports humains – filiaux, amoureux, d’autorité – et l’illusoire issue que semble offrir la magie.

LE MONDE - Thomas Sotinel

Grâce à l’intimité que procure la caméra à l’épaule, le spectateur a la sensation de vivre littéralement face à ces hommes en proie à un destin imposé. Emmanuel Parraud se réclame de la sobriété de Robert Bresson et cite aussi volontiers Jean Roch. Il a su éviter le double écueil de la couleur locale et du misérabilisme. C’est qu’il aime par-dessus tout ses personnages, infiniment vivants et authentiques, tout en rendant à la perfection le climat chaotique d’une île en perpétuel déséquilibre.

L’HUMANITE - Muriel Steinmetz

Le film se déroule dans une sorte de transe exténuée, ou plutôt de delirium tremens. Car Sac la mort est un film d’ébriété, faisant de l’alcoolisme de ses personnages une condition de départ de tous les drames qui peuvent les toucher. (…) En montrant l’angoisse d’un homme acculé, le réalisateur trace plus généralement le portrait d’une île où les rapports sociaux sont déboussolés (…) Le jeu hors-norme des comédiens fait de Sac la mort une curiosité.

CAHIERS DU CINEMA - Louis Séguin

Tournée à La Réunion avec des acteurs non professionnels, cette fiction a le charme du cinéma de Pagnol : autour d’une table, on discute entre amis ; le rhum remplace le pastis et les dialogues en créole créent une musique joliment dépaysante. (...) Quand Emmanuel Parraud dit « à La Réunion, tout est plus intense », on le voit à l’écran.

TÉLÉRAMA - Frédéric Strauss

Entre le Vaudou (1943) de Jacques Tourneur, dont Emmanuel Parraud emprunte l’abstraction lyrique minimaliste, et le cinéma de Souleymane Cissé (Yeelen, 1987, surtout), Sac la mort scrute en creux le surnaturel larvé dans le réel (…) Sac la mort se lit et se ressent comme un film expressionniste célébrant l’île de La Réunion et ses sinuosités, à grand renfort d’ivresse et de somnambulisme. En cela et dans ses paysages mentaux somptueux, lorsqu’aux fautes individuelles répondent les dérèglements de la nature, Emmanuel Parraud signe une œuvre d’une infinie richesse. Où derrière l’incapacité des protagonistes à gérer un avenir immédiat, se dissimulent surtout une vérité et une innocence - l’essence même du grand cinéma.

A VOIR A LIRE - Alexandre Jourdain

Un polar de série B dans un beau décor tropical ? Un film noir ? Un drame social ? Un portrait d’une société violente et déboussolée où règne encore la sorcellerie ? Une exploration de la folie ? Un peu de tout cela. Un film, surtout, où la raison ne règne certes pas en maître – au point que l’on ne comprend pas tout –, mais qui, sans jamais ennuyer, vous entraîne irrésistiblement aux frontières du visible et de l’invisible, avec des acteurs tous attachants. Étonnant et original.

JEUNE AFRIQUE - Renaud de Rochebrune

L’objectif d’Emmanuel Parraud n’était pas de montrer leur détresse mais au contraire de faire un film en commun, en pleine conscience qu’il ne pourrait comprendre leur langue et leurs logiques, seulement prendre le temps de construire ensemble une fiction pour en rendre compte. Le contact quotidien permet dès lors d’exprimer les sensations et de trouver les mots, jusqu’à un film très écrit, apte à faire sourdre les émotions.

AFRICULTURES - Olivier Barlet

Revues de presse

« En proposant un modèle solidaire fondé sur l’idée de rencontre, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion révèle aujourd’hui nombre de jeunes cinéastes. »

Thierry Méranger, les Cahiers du Cinéma

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