Propositions ACID / SRF pour le rapport Cinéma & Droit de la concurrence (2007)

Publié le 21 février 2010

2007

« L’analyse économique des différents marchés de la filière cinématographique et audiovisuelle révèle certaines défaillances. Leur fonctionnement peine de surcroît à satisfaire à l’exigence culturelle, aujourd’hui internationalement validée. En effet, l’œuvre cinématographique est à la fois un produit marchand et une œuvre élément du patrimoine artistique : au-delà de la seule optimalité économique, surgissent alors des préoccupations de diversité, de qualité ou de renouvellement des talents et des conventions artistiques. »

Combien tu m’aimes ? Pour une analyse économique de la politique cinématographique française (Emmanuel Cocq, Alexis Dantec, Florence Lévy-Hartmann)

Le cinéma est un art, et pas seulement une industrie. La reconnaissance par les pouvoirs publics de cette affirmation implique que les politiques culturelles protègent cette industrie artistique particulière, en suivant deux grands principes : la poursuite d’objectifs culturels et artistiques (diversité culturelle, renouvellements des talents, soutien aux cinématographies peu diffusées ou aux écritures nouvelles), d’une part ; la structuration d’une industrie française forte, qui permettra de maintenir face à l’extérieur, et notamment face aux Etats-Unis, une production française abondante.

Ce système, lorsqu’il fonctionne bien, nous semble avoir la vertu essentielle de permettre une interaction indispensable entre art et industrie. C’est ce qui a fait jusqu’ici la force du cinéma français, permettant par une chaîne sans fin, de renouveler les talents, en amenant progressivement vers le marché des auteurs, des réalisateurs, des acteurs d’abord confidentiels. Ces « nouveaux entrants » feront ainsi peu à peu des films plus chers, avec des acteurs plus connus et des plans de sortie plus importants.

Cependant, il nous semble que ce système d’interdépendance entre un « secteur recherche » et une filière commerciale, entre la « marge » et le « centre » est actuellement en danger. Or, si cette situation devait perdurer, c’est le cinéma dans son ensemble qui s’appauvrirait : l’industrie du film en France fonctionne en effet, sur le maintien de la diversité, sur la possibilité qu’avait hier Jean-Luc Godard d’exister à côté de Gérard Oury ou de Philippe de Broca et qu’ont aujourd’hui (ou devraient avoir) Benoît Jacquot ou Jacques Doillon à côté de Patrice Leconte ou Luc Besson. Comme le disait Jean-Luc Godard : « la marge, c’est ce qui fait tenir la page ».

Dans le cadre de la mission « Droit de la concurrence et cinéma », notre analyse est que l’abus de position dominante, et la concentration sans précédent opérée par quelques grands groupes sont responsables de ce manque de circulation et de cet appauvrissement de toute la chaîne.

PROPOSITIONS ACID / SRF POUR LE RAPPORT CINÉMA & DROIT DE LA (...)
PROPOSITIONS ACID / SRF POUR LE RAPPORT CINÉMA (...)

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