Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Mania AkbariL’actrice de Ten (Abbas Kiarostami) met en scène sa propre histoire dans un film qui, malgré son sujet (elle est atteinte du cancer), respire la vie, la liberté et questionne la place de la femme dans la société iranienne.
The actress of Ten (Abbas Kiarostami) stages her own story in a movie full of life and freedom, despite its subject (she has cancer). She also questions the role and place of women in Iran contemporary society.
Reprendre le fil d’un autre cinéaste (Kiarostami) est un pari osé. Et magnifiquement réussi par Mania Akbari. Car 10 + 4 n’est pas une suite, c’est une réinvention. Si la cinéaste emprunte le chemin de Ten, c’est pour mieux l’emmener ailleurs, en l’investissant de sa propre histoire et sensibilité et en métamorphosant avec audace le dispositif formel. La réalisatrice frappe fort avec une caméra dont la frontalité n’a d’égal que la sensualité, avec ces plans serrés sur les êtres où pourtant la société iranienne tout entière résonne, avec cet auto-portrait qui est un miroir à l’autre, à chacun de nous, avec ces paroles de femmes confrontées aux dogmes et aux interdits qui chacune pourrait être l’héroïne d’un Vivre sa vie d’aujourd’hui.
Documentaire ou Fiction ? 10 + 4 balaye cette question, cette distinction même. En effet, Mania Akbari choisit de ne pas choisir, de remplacer le « ou » par le « et » : c’est au dialogue du documentaire et de la fiction que l’on assiste ici, à la réinvention de l’un par l’autre. Un autre cinéma se crée sous nos yeux.
10 + 4 nous bouleverse et nous insuffle son énergie en parlant, contre son point de départ (le cancer et la condition féminine en Iran), de vie, de liberté et d’amour. Si les hommes en sont quasi absents physiquement, à peine aperçus derrière la vitre d’une voiture, ils hantent ce film réalisé par une femme, ce film qui nous crie dans un chuchotement que la liberté et l’amour restent à réinventer.
Béryl PEILLARD, cinéaste