Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Renate CostaRodolfo Costa était différent. Il ne voulait pas être forgeron commetous les membres de sa famille. Il voulait être danseur. Dans le Paraguaydes années 80, sous la dictature de Stroessner, son nom fut missur la liste de « 108 homosexuels », arrêtés et torturés.Rodolfo Costa didn’t want to be a blacksmith like hisgrandfather : he wanted to be a dancer. In the Paraguay of theeighties, under Stroessner’s dictatorship, he was included in the“108 homosexual list”, arrested and tortured.
Comment le sort d’un homme peut-il refléter toute une société ?“Chez le forgeron, le couteau est en bois”, dit-on en espagnol. Dès son titre,ce passionnant voyage intime et politique nous plonge dans la métaphore. Enretraçant l’histoire de son oncle, en se mettant en scène pour mieux interrogerses fantômes de famille, Renate Costa vient remuer le couteau dans lesplaies anciennes de la dictature.Par la délicatesse de sa caméra, toujours inquisitrice, jamais envahissante,par la force et la dignité de ses personnages, par la présence fragile maissereine de Renate Costa, ce film nous parle de toutes les dictatures passéeset présentes et des courages et lâchetés qu’elles engendrent. Dans unescène éloquente, la réalisatrice, en tête-à-tête avec son père, se heurte àson tour au mur d’incompréhension qui avait marqué le destin de son oncle,le “couteau en bois” d’une famille de forgerons.Ce film nous pose sans ambages une question centrale : où regardons-nousquand c’est “l’autre”, le “différent”, qu’ils viennent chercher ?Sur fond de mélancolie, Cuchillo de palo suggère que les dictatures les plusimplacables, les plus insidieuses, résident peut-être à l’intérieur de nous-mêmes.Oriol CANALS, cinéaste
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