Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Anastasia Lapsui et Markuu Lehmuskallio7 chants de la toundra est le premier film en langue Nenet. A travers sept petits récits qui sont autant de chants tirés du folklore, il raconte la petite et la grande histoire de ce peuple de chasseurs et d’éleveurs sibériens, son adaptation à des conditions de vie extrêmes et sa résistance, des années 20 à nos jours, à la colonisation soviétique.
Je ne connais pas les Nenets.
J’ai connu des Inoïts. Les hommes dans la langue Inuit. Ils sont là, de l’autre côté de l’archipel arctique chacun à un bout de la calotte glaciale. De son interminable jour, de son éternelle nuit pour rythmer l’année.
Un désert d’herbes rases, façon toundra, pendant trois, quatre mois ? Le blanc infini pour le reste de la vie, la glace, la neige, les réserves de la baleine capturée durant l’été s’appauvrissant. Rien de prévu, contre le scorbut …
L’herbivore, grattant la neige, a su, d’instinct, où trouver quelques touffes vertes au congélateur. Alors l’homme, profitant de l’inestimable offrande que lui apporte l’animal capturé, va respectueusement s’abreuver du contenu de son estomac, rituel qui va contenir la mortelle carence.
Brutal ce rituel ? À vous de juger. Sacrifice vital, il démarre, naturellement, les « 7 chants de la Toundra » au pied de l’Arbre Sacré.
Puis les vitamines C sont arrivées. D’un côté de l’Océan Arctique avec Dieu Argent et les silos de grains de la baie d’Hudson. De l’autre avec Dieu Lénine, l’école obligatoire de la vraie manière de vivre, les condamnés, les dissidents politiques et religieux, les immigrés. Vers ce gigantesque gisement de gaz et de pétrole. Le rituel s’est cassé, comme un jouet d’enfant. La raison l’a envoyé au diable.
Trente ans après les Inoïts pointent au chômage. Et les Nenets, au nombre de trente-cinq mille, chevauchent leurs motos à neige. Mais là-bas on dit qu’un Nenet qui se tait est plus fort qu’un Nenet qui parle
Jean JEANNERET, cinéaste
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