Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Robert GuediguianMarseille est une ville en déclin.La misère y est grande. Les solidarités petites.Elle incarne aujourd’hui la problématique de l’occident.Elle a perdu tout repère.Elle a perdu ses points cardinaux.Il ne reste que quelques familles, quelques amis, quelques lieux.Nos personnages sont comme cette ville.José, Joséfa, Patrick, Marie-Sol, Vénus, Farid, Jaco et Papa Carlossa s’aiment depuis longtemps.A l’Estaque, faubourg de Marseille, coincé entre les cheminées des raffineries et la mer, un cabaret, « Le perroquet Bleu », leur sert de refuge.Bien que Vénus se drogue et se prostitue.Que Farid soit orphelin et à la rue.Que José, Patrick et Jaco soient chômeurs de longue durée.Que Marie-Sol, malgré toutes ses prières à la vierge, n’arrive pas à avoir d’enfants.Que Papa Carlossa soit coincé sur un fauteuil roulant à la suite d’un accident.Et que Joséfa se trouve trop vieille et trop vilaine pour continuer ses strip-teases.Ils essaient de continuer à s’aimer.Et ce qui est extraordinaire, c’est qu’ils y parviennent.Se débattant pour garder la tête hors de l’eau,ils demeurent généreux jusqu’au sacrifice.
Original, personnel et rare. Avec ses dialogues enlevés, bien construit, le film nous promène dans la vie des gens qui gagnent, qui perdent un sentiment, une situation, un bien, mais qui ne perdent jamais leur personnalité. Des coups pourtant, ils en prennent, à la mesure d’une société d’exclusion qui sait bien les distribuer. Mais au hasard des jours, des amitiés, des amours, ce qui fait de chacun sa vraie nature se renforce et résiste. Les plus forts gardent pour les plus faibles le territoire minimum qui donne à chacun sa place dans la société. Entre la Cannebière de Pagnol et la Hâvre de Mac Orlan, Guédiguian nous livre le plaisir de suivre l’humanité quotidienne de personnages grands pour être simples. Romantique, drôle et tendre aux frontières du naturalisme, la profusion des réussites dans ce film anime une vitalité constante qui excuse le suicide enfantin d’un pierrot tombé de son fil comme s’il sortait du film par méprise. Jean Paul DEKISS
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