Babooska

Un film de Tizza Covi

Programmation ACID
Cannes 2006

Autriche / Italie - 2005
1h40 min - Scénario : Tizza Covi et Rainer Frimmel
Image : Rainer Frimmel
Son : Tizza Covi
Montage : Tizza Covi


Avec :
Babooska Gerardi, Michele Pellegrini, Azzurra Gerardi

Synopsis :

Babooska raconte par épisodes le combat existentiel quotidien des nomades modernes en Italie. Les réalisateurs accompagnent pendant une année la jeune artiste Babooska, qui gère avec sa famille un cirque ambulant, lors de son odyssée à travers la campagne isolée italienne.Le film jette un regard sans fard sur les coulisses d’un microcosme en marge de la société – dépassant les clichés en vogue, sans commentaire, sans interview.


Texte de soutien de l'ACID :

On est face à ce paradoxe curieux du documentaire : qu’il demande à un être, acteur de sa propre existence, de jouer à l’écran le rôle qu’il tient déjà dans la vie, c’est-à-dire de le rejouer pour la caméra, d’une manière ou d’une autre, de le « jouer au carré » mais avec le plus de « naturel » possible, en collant parfaitement à son rôle (soi). Comment jouer à ne pas jouer ? Double injonction problématique : « Soyez vous-même » mais aussi « Faites comme si (la caméra n’était pas là) » ; cela revêt la même absurdité inversée que de demander à un comédien d’apprendre un rôle à seule fin de le réciter, mais sans en avoir l’air, à un nouveau voisin de palier croisé dans l’escalier… à coup sûr, le voisin prendra cet inconnu pour un fou et regrettera d’avoir emménagé là. Babooska pose ce paradoxe comme principe, le désamorce et le résoud. Comment ? Les réalisateurs relancent autrement le jeu et l’injonction – nouvelle donne : soyez devant la caméra et faites comme si c’était vous. Babooska, jeune foraine, est ainsi jouée par Babooska, jeune foraine, comme dans ces génériques américains où en face du nom de l’acteur l’on voit écrit « himself ». Un personnage s’invente progressivement, sous nos yeux la jeune fille se met en scène peu à peu, par petites touches, se prête au jeu, scène après scène s’incarne, jusqu’à un plan final stupéfiant où les cerceaux du « hula hoop » accèlèrent soudain la vie – une vie – dans leur puissance concentrique, acrobatique, jusqu’au tournis.Le résultat est ce beau film entêtant qui circule entre Jim Jarmush (vie errante et mots nonchalants échangés le temps d’une cigarette ou d’un café), Patricia Mazuy (la ténacité et la grâce : jamais l’une sans l’autre), Jacques Rozier (quand la cadense d’un petit bal s’emballe aux pas de danse inouis d’un vieux cabot génial) ou Aki Kaurismaki (si la vie et la météo sont maussades, nous aussi)… toutes références volontairement prélevées à la fiction. Car si l’on s’était amusé à se représenter Babooska en fiction, on aurait souhaité la même mise en scène, écrit les mêmes dialogues, choisi les mêmes comédiens. Ce serait le même film. Un film de forains, itinérant et italien, avec de petits chiens et de vraies jeunes filles.Sandrine Rinaldi

Films soutenus


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