Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Wim VandekeybusBlush est une exploration de l’inconscient sauvage, des forêts mythiques, des impulsions contradictoires, de l’imaginaire, où le corps a ses raisons que la raison ignore. Attractions, confrontations, répulsions, des histoires se tissent où les frayeurs et désirs prennent les traits de métamorphoses animalières. D’Orphée et d’Eurydice...
« Avec Blush nous avons voulu que surgisse – sans fard – le tumulte des sentiments retenus, que s’évanouisse toute politesse, que se libère les troubles, que s’amplifient dans tous les sens les émotions fortes à la source de ces rougissements si infimes, si incontrôlés, si difficiles à cacher... » Wim Vandekeybus.
Blush est inspiré du spectacle éponyme de la compagnie Ultima Vez & Wim Vandekeybus.
« Poser une rondelle de citron sur ma langue… » dit l’un des personnages au début… ! Oui, ces picotements acides qui vous réveillent, c’est bien ce que l’on ressent en voyant ce film qui ne ressemble à aucun autre, devant ses soubresauts d’humanité, sa célébration des corps quasi mystique d’une puissance, d’une beauté, d’une énergie rare... Est ce un rêve ?… Qu’importe !… D’abord se laisser porter… Tout est mouvement, hommes et femmes devenus fauves, se battent, se confrontent, se mesurent à la nature, aux autres animaux, les corps enchevêtrés, s’offrent, se repoussent, s’aiment en un éternel cérémonial. Blush est le film d’un danseur, où l’image, le cinéma n’abandonnent rien à la chorégraphie. La danse étant une célébration, un langage en deçà ou au-delà de la parole, Blush se lit comme une œuvre d’art à part entière. La danse y surgi comme une fièvre, l’agite jusqu’à la frénésie, travesti inlassablement l’explosion hors du temps d’un instinct de vie qui ne cherche qu’à faire revivre l’unité du corps et de l’âme, qu’à souder le visible et l’invisible de l’amour absolu, si proche de la mort. La narration est tout sauf linéaire, mais surtout les mots, les phrases prononcées nous paraissent vaines et nous renvoient immédiatement aux corps des danseurs sculptés par la chorégraphie, comme moulé, fondu dans les décors naturels, sauvages. Plan après plan, fusion de l’esthétique, de l’émotion, de l’érotisme, de la mystique, les mains, bras, jambes, pieds, hanches, poitrines, les dos, sont comme à la recherche d’un retour à un être unique, d’où tout émane et où tout revient. Jusqu’à intégrer les mythes d’Apis et d’Osiris ?
Béatrice Champagnier et Jean Jeanneret
Ciné Classic
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