Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Frederick WisemanAustin, Texas. Richard Lord, ancien boxeur professionnel, a fondé son club de boxe Lord’s Gym, il y a seize ans. Des personnes d’origines et de classes sociales et d’âge différents s’entraînent dans ce gymnase : hommes, femmes, enfants, docteurs, avocats, juges, hommes et femmes d’affaires, immigrants, boxeurs professionnels ou aspirants professionnels côtoient de simples amateurs et des adolescent en quête de force et d’assurance.
Le gymnase est une illustration du « melting pot » à l’américaine où les gens s’entraînent, se parlent, se rencontrent...
C’est dans un état rare et fugace que l’on se trouve en regardant Boxing Gym. Les images, le son et le rythme du montage nous envoûtent, nous happent avec une sensualité que l’on aimerait voir durer. Ce serait une erreur de limiter le film au thème de la boxe. Plutôt qu’un boxeur, c’est toute une salle d’entraînement qui devient le personnage principal. Autour du ring, une galerie de portraits défile et c’est un vrai bonheur que de croiser tous ces fragments d’Amérique. Doucement, en grand cinéaste qu’il est, Wiseman fait d’un huis clos une véritable immersion dans les profondeurs d’une société nord-américaine en questionnement. La violence n’est pas là où on l’attend. On l’entend, on la sent mais on ne la voit pas. Lancinante, elle est profondément ancrée dans la société même. Montrer comment on l’exorcise dans cette salle de boxe, voilà une bien belle métaphore… Tout au long du film, Wiseman nous fait vibrer, imposant un rythme, une respiration en adéquation avec celle d’un boxeur. Chaque plan est mesuré, prend la même valeur que le geste de celui qui est sur le ring. Comment ne pas être emporté par cette caméra animale, aux aguets, qui transforme une esquive en un pas de danse ? Le film fait vivre chaque instant, et sa force insuffle la vie à ce lieu inerte. Les coups contre le sac de frappe, la respiration haletante des boxeurs à l’entraînement et les cloches de fin de round deviennent les mots de cette salle et ses mots bout à bout forment une phrase : la musique du film. C’est cette musique que j’ai entendue et que j’ai aimée, dans ses notes et ses mouvements, dans ses allegros et ses adagios. C’est pour cela que Boxing gym est exceptionnel : tout y est simple, direct et de cette évidence émerge un sens, une beauté, une grâce.
Aurélien Lévêque
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