Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Eliane De La TourResponsables d’un meurtre accidentel, deux garçons, en quête d’eux mêmes dans un bidonville d’Afrique, se réfugient au ghetto du Bronx. Ils entrent dans les gangs. Violence, fête, fraternité sont leur quotidien. Toussaint, l’aîné, se met sous la protection du “vieux père” Tyson. Il tente de s’adapter à la loi de milieu fondée sur l’honneur et le respect des anciens, tout en cherchant une échappatoire à travers l’amour de Mariam, jeune vendeuse sur le marché aux poissons. Son ami Nixon se sent délaissé et leur relation se détériore. Rebelle, il conteste le “droit de Miami” que les vieux pères imposent aux fistons sur leurs butins. Sûr d’avoir hérité la force particulière de son père, il veut brûler les étapes. Avec ses amis Tupac Amaru et Simpliste, il monte un braquage lamentable qui oblige Toussaint à trahir ses frères de sang pour le sortir de prison.Réconciliés, les deux amis sont obligés de fuir au ghetto de Barbès tenu par Tarek Aziz, un sanguinaire. Ils cherchent une issue pour “devenir quelqu’un demain”.
Bronx-Barbès expose par son titre l’évidence d’un raccourci que l’on se refuse à faire mais que le film nous impose par sa violence et son désir de mise en scène. La globalisation n’est pas un mot simple de sens à qui veut l’écouter vraiment. Son homonyme plus poli - mondialisation - cherche à camoufler l’Histoire et pourtant, Éliane DE LATOUR nous ramène de Côte d’Ivoire un film de gangsters où même Hollywood n’a plus sa place. Mais plutôt que de parler des choses qui fâchent, puisqu’elles ne semblent plus avoir lieu d’être - la politique - j’ai envie d’évoquer ici la poésie d’une langue qui soudainement nous éveille et nous émeut, la permanence malgré tout, de l’amour et de ce qu’il nous permet d’ambitieux et de difficile. Ainsi va ce film qui nous chahute, de férocité en évidente douceur, avec cette incroyable rage que ne manque pas de produire notre désespoir. Ainsi vont ces personnages dans un rapport au réel que seul l’artifice du cinéma pouvait aussi courageusement fabriquer.Arnaud DOMMERC
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