Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Jean-Louis ComolliIl était une fois… quelque part en Catalogne… il n’y a pas si longtemps… Ainsi commence cette histoire, comme une chanson de geste, le romencero de Durruti évoqué, esquissé, joué, porté, chacun à sa manière, par un chanteur des rues et des acteurs de théâtre… Durruti. Un anarchiste espagnol. 1896-1936. Qui de nous peut se représenter, dans leur puissance effective, le million et quelques d’adhérents de la CNT, la centrale anarcho-syndicaliste ? Les villes et les villages où le communisme libertaire s’expérimente en vraie grandeur ? Les grèves, les insurrections, les batailles de rue, les soulèvements qui font des années 20 et 30 en Espagne le temps sinon d’une révolution, d’un bouleversement permanent ? Gymnastique révolutionnaire, disait Durruti. Une évocation de l’anarchiste espagnol Buenaventura Durruti et des années 1931-1936 qui précédèrent la guerre civile en Espagne, à travers les répétitions d’un groupe théâtral catalan « El Joglars » dirigé par Albert Boadella. Celui-ci s’inspire librement de la biographie écrite par Abel Paz : « Durruti en la revolucion espanola ». Grâce à des documents d’archives, des journaux, des photographies et des chants, Comolli recrée peu à peu le personnage et l’atmosphère de cette époque. En filmant le travail des comédiens, leurs discussions, les variations de l’interprétation, il pose aussi la problématique de la représentation historique.
Comment faire revivre la figure de Buenaventura Durruti, figure marquante, mais quelque peu oubliée de l’anarchisme espagnol ? Comment faire un film sur la mémoire de cet homme en évitant les pièges du dossier historique, du documentaire pédagogique ?
La réponse de Comolli est simple : en faisant du cinéma.
Une troupe de théâtre espagnole décide de monter un spectacle pour raviver cette mémoire. Jean-Louis Comolli va filmer ce travail. Cela commence comme un documentaire sur une troupe de théâtre, mais doucement, un glissement s’opère. Alors que le metteur en scène doute et que les acteurs de la pièce cherchent, les repères disparaissent.
Les acteurs commencent à devenir leurs personnages.
Ils ne sont plus les interprètes d’une pièce de théâtre, ils ont ressuscité les figures de l’histoire à tel point qu’elles se sont infiltrées en eux. Et les acteurs deviennent alors les héros vivants du film en train de naître sous nos yeux.
La grande réussite du film est là. Il lui fallait perdre son sujet de vue pour devenir une histoire, celle d’acteurs et d’actrices espagnols à la recherche de leur mémoire.
C’est à travers cette histoire-là que soudain le film renoue avec son point de départ, les dernières années de Buenaventura Durruti, mort pour la liberté.
Charles CASTELLA, cinéaste
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I.N.A.