Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Bruno BontzolakisDans une caserne du nord de la France, Nicolas et Thierry, deux amis d’enfance d’une vingtaine d’années, finissent leur service militaire. Issus de familles ouvrières, sans qualification professionnelle, ils n’ont connu que le chômage et les stages sans lendemain. Alors ils aimeraient s’engager pour avoir enfin un métier. Malheureusement, l’armée ne recrute plus de jeunes sans diplôme. Ils se retrouvent dans la vie civile, déprimés et sans projet.C’est l’été, ils trouvent refuge dans un camping de bord de mer et n’osent pas avertir leur famille de leur situation. Très vite deux femmes s’installent près d’eux : Annie et Françoise, la trentaine. Au dépend de l’amitié des deux garçons, Nicolas et Françoise vont vivre une histoire d’amour et décider hâtivement de s’installer ensemble chez Françoise. Elle vit à Douai avec Morgane, sa fille de 7 ans.Quelques mois ont passé, les deux jeunes hommes se retrouvent après une douloureuse séparation. Leur complicité renaît aussitôt. Mais Françoise pose très vite un ultimatum à Nicolas : il doit choisir entre sa vie de famille et son ami.
On est frappé d’emblée par la justesse de Chacun pour soi : des jeunes gens, le service militaire, le Nord... Le casting, les situations, les décors, les costumes, les dialogues... tout sonne juste, tout est vrai : les personnages, leurs désirs, leur tourments...Tout l’art de Bruno Bontzolakis consiste à faire fonctionner son récit, à activer sa fiction sans jamais perdre cette justesse quasi documentaire des corps qu’il filme, à ne céder à aucune des sirènes fictionnelles que les prémices du scénario auraient pu permettre.A rester en dedans de son propos, à refuser l’extra-polation ou l’emphase, à tailler la route au plus près de la trajectoire des personnages.Du coup, le ton du récit garde une grande sérénité malgré le drame qui couve, le filmage laisse plutôt qu’il ne provoque : les sentiments, les pulsions, les non dits. Chacun pour soi parle de soi à soi, de l’écran au spectateur, de manière directe, selon un principe d’énonciation le plus clair et le plus court qui soit : celui de la ligne droite. Serge LE PERON
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