Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Laurent Bécue-RenardAprès la guerre, quelque part en Bosnie, trois femmes accompagnées d’enfants, réunies par une commune détresse, vivent, pleurent, chantent, dansent et rient, le temps d’un travail thérapeutique, dans une grande maison qui les accueille. Mais surtout elles parlent, ou plutôt elles tentent, à travers une parole souvent difficile, de retrouver un sens à leurs vies ravagées par la guerre.
On voudrait nous faire croire que la guerre est une chose simple, de plus en plus facilement oubliable. Mais la guerre laisse des traces, des cicatrices. Les guerres, les plus proches de nous, Algérie, Vietnam, guerre du « Golfe », nous le rappellent cruellement. Même si nous essayons de cacher leurs cicatrices ; elles resurgissent un jour ou l’autre. Laurent Bécue-Renard est arrivé après la bataille, à la fin de la guerre de Bosnie lorsque les armes et les caméras se retirent, lorsque le spectacle de la guerre se termine pour les médias. Il a commencé là son travail de cinéaste, qu’il a poursuivi pendant deux ans. Il a filmé quelques femmes, qui, traumatisées par la guerre essayent à travers une thérapie de rompre le « complot du silence », de réapprendre à vivre, de retrouver le sens de leur vie. Il en résulte un film bouleversant, un film sur le deuil, un film universel sur la guerre. On ne peut pas vivre tant qu’on n’a pas enterré ses morts, tant qu’on n’a pas compris la mort de l’autre. Les populations antiques l’avaient compris. Nous l’avons oublié. Notre condition humaine nous le rappelle. Il faut faire le deuil de nos morts. De guerre lasses raconte l’incroyable travail analytique de ces trois femmes Sédina, Jasmina, Senada. De guerre lasses est un film sur le deuil et le retour à la vie. C’est un film qui parle de la mort mais qui nous aide à vivre. Laurent Bécue-Renard ne se trompe pas. Filmer la guerre, ce n’est pas filmer le combat parce que la guerre est forcément un spectacle. Filmer la guerre, c’est filmer les cicatrices, les plaies qui durent des années. Le cinéaste se tient à son sujet avec une incroyable simplicité et retenue. Certains lui reprocheront cette simplicité du dispositif. C’est justement là où réside la force du film. Le cinéaste fait son travail de collecteur de mémoire de son temps comme d’autres cinéastes l’ont fait avant lui sur d’autres guerres. Merci à ce cinéaste qui nous ouvre les yeux sur le monde.
Christophe Loizillon
Alice Films
108 rue du Bac
75007 Paris
Tél : 08 70 30 96 76
Fax : 01 45 49 96 76
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