Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Didier NionJean-Benoît a dix-sept ans et débute un apprentissage de mécanicien diéseliste. Entre le garage où il travaille, la relation amoureuse avec Hélèna, les rapports conflictuels avec sa mère, le film montre l’incapacité de Jean-Benoît à apprendre et sa difficulté à sortir d’une enfance marquée par la disparition de son père. Pourtant, peu à peu, Jean-Benoît commence à se reconstruire.
« Magnifique », c’est le mot qu’ont tous lancé d’une même voix les cinéastes de l’ACID présents au CA hier soir, du moins ceux qui avaient fait l’expérience du film Dix-sept ans, les autres demandant « Mais où ? Comment peut-on le voir ».
En effet, Dix-sept ans est une expérience, de cinéma et de vie ; une histoire de pacte vécue à fond par Didier Nion, Jean-Benoît et Helena, ses personnages, et finalement par nous, spectateurs, qui en ressortons bouleversés. Pendant un an, l’année des dix-sept ans de Jean-Benoît, deux aventures sont fondues l’une dans l’autre, faire un film et passer un BEP de mécanique. Jean-Benoît se saisit du film pour se sauver la vie. Véritable acteur de cinéma, il joue formidablement bien, mais il joue gros et pour de vrai, dans un bras de fer sans merci avec son histoire, ses résistances, la spirale des échecs qui risque sans arrêt de l’engloutir. Il analyse ce qui lui arrive, il s’analyse lui-même, lutte pour franchir des obstacles intérieurs, avance, butte... en s’appuyant de tout son poids sur Didier Nion qui tient lui fermement sa place, de cinéaste, mais aussi prend le risque d’incarner le temps du film la figure paternelle. Tout est extrêmement nécessaire et courageux. Et puis il y a la présence d’Helena qui agit comme un baume. Encore adolescente et déjà femme à la fois, elle est, sous sa discrétion, très forte. Pour Jean-Benoît elle est le Nord, mais aussi celle qui lui fait découvrir l’amour.
Enfin plastiquement le film est magnifique, aussi. Didier Nion filme lui-même (et en film) ce qui lui permet d’être incroyablement libre et toujours à l’exacte distance qu’il sent dans l’instant. Puis il y a le travail du son, du montage, dont on pourrait parler longuement, tant ils sont au diapason du reste... Non, décidément j’aime beaucoup ce film.
Laurence PETIT-JOUVET
Les Films du Paradoxe
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