Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de F.J OssangC’est l’histoire d’un jeune homme, dans une capitale d’Amérique latine. Il s’appelle Angstel, comme Angst (l’angoisse, la peur), et comme Angel (l’ange). Un soir, Angstel attend Zelda devant un cinéma : elle ne viendra pas. Angstel voit dans cette trahison sa dernière chance s’évanouir. Ancetta, danseuse au Wasted, croise Angstel dans la rue. Il tire à pile ou face et gagne : il va acheter sa compagnie pour une poignée de faux billets. Leur vie d’autrefois va les talonner toute la nuit, mais c’est trop tard. Ancetta et Angstel vont se chercher, se perdre et se retrouver inextremis toute la nuit durant. Résolus à ne plus se quitter, quelqu’en puisse être le prix... Quand le jour se lève, l’amour est trop fort. Ils quittent la ville à bord d’un spider chargé d’armes et de monnaie de singe. Remonter vers le Nord ; fendre le ciel où luisent les derniers mots d’autrefois. Quand on pouvait encore dire : je t’aime pour toujours. Encore bien plus que la vie. L’important c’est de savoir finir. La légende, rien que la légende. Le reste, on s’en fiche. On tombe dans le ciel...
C’est, après l’Affaire de la division Morituri et Le Trésor des îles chiennes, le troisième film de F.J. Ossang qui poursuit, en dépit des pires difficultés, une oeuvre profondément personnelle et unique dans la production française, poussant jusqu’à l’extrème ses recherches sur l’onirisme cinématographique, tant dans le domaine du récit que dans celui de l’image. Bâti sur un long flash-back, Docteur Chance raconte avec un superbe mépris de la logique cartésienne - le surréalisme est un coin de l’écran - une complexe histoire de règlement de comptes dans une affaire de faux tableaux. Un univers qui n’appartient à personne d’autre, totalement onirique donc, angoissant, crépusculaire, mais qu’on n’est pas près d’oublier pour peu qu’on se soit donné la peine d’y entrer. De même qu’on n’est pas près d’oublier l’étonnant travail sur l’image, dans sa texture même et dans la couleur, accompli par Ossang et son chef-opérateur, Rémy Chevrin : ces visages émergeant de la pénombre poisseuse ; ces intérieurs fuligineux aux perspectives exacerbées ; ces villes, ces ports nocturnes comme on n’en a sans doute encore jamais vus au cinéma. Inoubliable aussi la longue quête du héros vers une hypothétique guérison à travers un Chili aride, désespéré et désespérant, aux cieux vides. Né d’une démarche passionnée et passionnante, Docteur Chance est une oeuvre qui ne manquera pas de trouver son public.
Jacques CHAMPREUX, cinéaste
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