Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de David LanzmannRoad movie parisien, Doo Wop narre les errances de Ziggy, jeune producteur à la sauvette, rêveur et ambitieux, en prise avec l’amour, l’amitié, l’argent et la musique.
Un chapeau visé sur la tête, un taureau tatoué sur l’épaule, une chemise sans manche ouverte largement sur un Marcel, et l’air d’être un peu à bout de souffle. C’est Ziggy, producteur à la sauvette d’un groupe de funk, noctambule et étranger au paradis.
Il n’a pas de nom et il ne joue pas de guitare. Il n’est pas comme l’autre Ziggy. Celui chanté par un génie de la pop music, et nommé Stardust.Poussière d’étoile. Alors au fond, hormis leur prénom, rien ne les rapproche vraiment. Sauf que l’album de David Bowie s’intitulait : The rise and fall of Ziggy Stardust, et qu’il sera, ici aussi, question d’ascension, de chute.
À regarder le premier long-métrage de David Lanzman, on est très vite étonné par la clarté de son filmage, la fluidité et la simplicité avec laquelle il construit l’espace et le temps du film. Par la tenue du montage, et la forcepoétique des ellipses. Admiratif aussi des paris qu’il se lance et tient : faire avec pas grand-chose, l’acteur est le coeur des plans à faire. Pour preuve, il suffit de voir comment deux anciens amants se retrouvent après cinq ans d’absence. Un café, la rue, elle et lui. On se regarde, mais plus vraiment. On fait semblant de parler, de s’écouter. On se cherche et l’on ne trouve que le temps qui encore vous file entre les doigts. C’est frontal, sans coupe. Aussi définitif que des retrouvailles sans avenir. Et très souvent le film se jouera là, à ces endroits de creux, de flottements, filmés avec une extrême assurance, mais aussi dans la tentation d’un cinémaaméricain, plutôt urbain, plutôt côte Est, plutôt indépendant.
Il y a dans Doo woop une énergie qui rayonne du début à la fin, celle là même qui a sans doute baigné l’aventure du tournage et qui semble être la matière première du film.
Une sorte d’énergie du désespoir. Celle qui tient en vie Ziggy dans son Funk suicide.
Bowie, lui, chantait, « you’re a rock’n’roll suicide ».
Alain Raoust
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