Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Jean-Paul AndrieuEtats de service a été tourné dans une unité de cancérologie à l’hôpital Laennec, entre octobre 1998 et février 2000, avec la participation des malades et de leurs proches, des médecins, des cadres infirmiers, des infirmières et de l’ensemble du personnel soignant. Nous voyons ici la médecine en train de se faire avec ses difficultés, ses paris, ses limites, ses échecs, ses réussites.Parce que la mort est un horizon possible, les malades occupent dans le film une place essentielle. Mais la fragilité des êtres humains, ce n’est pas seulement la leur, c’est aussi celle des médecins et des infirmières. Comme les patients, ils mènent un corps à corps quotidien contre la maladie, dans lequel apparaissent aussi bien leur compétence et leur pugnacité que leurs doutes et leur vulnérabilité. Ils ne sont pas au-dessus des questions posées par le film, mais au coeur de celles-ci.Etats de service nous parle d’une maladie, le cancer, qui renvoie aux fêlures fondamentales, aux grandes angoisses et aux combats souterrains de l’être. Mais ce n’est pas un film sur le cancer, il va au-delà par les réflexions et les interrogations qu’il fait naître sur le sens de la vie.
Un film sans perfusion dramatique, rythmé a la vitesse des jours des nuits de son sujet, les déambulations des malades, les médecins, un film seulement simple, en quelque sorte... Pas d’hémoglobine, Pas de massage cardiaque hurleur, Pas de sirènes... Mais le cancer, Et l’anarchie des cellules, hors de portée de main, Les essoufflements, Les souffles courts, Le grand silence des métastases... Le souci du médecin, vrai, Le regard du patient, en point d’interrogation, L’angoisse maîtrisée de celui de la compagne, du compagnon, Ces gérants au jour le jour du jour le jour...Et la mort... Mais plus au bout du chemin, Ou même au bout du couloir, ou derrière une de ces portes à gauche, ou à droite...Non. Derrière. A force de simplicité au journalier, Dans le dos. Traître ? Même pas.“L’art ne reproduit pas le visible mais le rend visible” (Paul Klee)Jean Jeanneret
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