Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Régis SauderElles sont psychiatres, infirmières ou ergothérapeutes à la maison d’arrêt des Baumettes à Marseille et reçoivent des détenus devenus patients le temps du soin. Elles sont là pour aider des hommes en souffrance, fussent-ils incarcérés. Être là, c’est rejoindre cet espace unique - celui de l’écoute - une poche d’air derrière les murs de la prison. Son existence est conditionnée par la détermination des soignants à continuer de venir pratiquer la psychiatrie ici... à quel prix ? Sophie travaille là depuis dix ans et questionne aujourd’hui sa place en prison, la possibilité d’y accomplir son métier de psychiatre, véritable acte de résistance. Elle convoque les souvenirs de ces années d’enfermement pour faire un choix : continuer à être là, ou partir ?
ÊTRE LA ? Face aux soignantes du service psy de la prison des Baumettes … En se situant sur cette brèche de l’univers carcéral, regardant les combattantes de ce front trop ignoré par-dessus l’épaule de ces hommes en souffrance, ce film fait œuvre, une œuvre nécessaire. C’est d’abord en fondant son dispositif, en trouvant la seule place possible dans cet univers où les prisonniers sont interdits d’image, que le film s’affirme. Il prend appui sur les contraintes pour y puiser une énergie formelle très prégnante, mais qui ne fait jamais écran à la vérité nue de ce qu’il montre. C’est un film qui bouleverse, qui coupe le souffle souvent, qui fait mal, et qui ne passe pas à côté de toute la complexité de la situation : il ne tait ni la trivialité ni la pauvreté âpre des échanges ni la profondeur inaccessible des douleurs. Il ne tait rien de cet harassant combat contre le chaos et la barbarie. Comme elles, ces femmes fatiguées et si belles, le film assume une certaine forme de séduction sans jamais être complaisant. En exposant clairement son dispositif - l’intrusion d’un micro sensible, le retrait d’une caméra qui s’incline sans jamais se détourner - il donne à penser la question même de l’image, de l’irruption d’un regard extérieur dans ce terrible huit clos ; en mettant hors champ les prisonniers, il nous renvoie à la destruction institutionnelle ; en faisant face à ces femmes, il dit la fragilité de leur combat. L’expérience très forte que ce film propose au spectateur fait écho à cette question qui les taraude : être là, être le témoin - le complice ? - de ce qui est à l’œuvre entre ces murs, y faire face, autant qu’on le peut, résister à l’envie de fuir, c’est toute la question.
Sylvaine DAMPIERRE, cinéaste
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Shellac Sud
« Être là », cellules grises - Libération. Un article de Gérard Lefort. Lire l’article « Être là », un film à la marge de la marge - La Croix. Un article de Arnaud Schwartz. Lire l’article Entre les murs - Causette. Un article de Grégoire Pedron. Lire l’article Être là de Régis Sauder - Télérama. Un article de Mathilde Blottière. Lire l’article Être là - Doc édifiant sur l’exercice de la psychiatrie en prison - Les Inrockuptibles. Un article de Jean-Baptiste Morain. Lire l’article De la lumière dans le chaos - Politis. Un article de Christophe Kantcheff. Lire l’article Être là de Régis Sauder - Studio Ciné Live. Un article de Thierry Cheze. Lire l’article