Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Bruno BontzolakisJessica, dix sept ans, voudrait pouvoir ne pas être sérieuse. Mais comment vivre avec légèreté lorsqu’on a un père militant d’extrème-droite et une mère infidèle ? Comment aimer lorsque le mensonge et l’intolérance sont les principales valeurs d’une famille enlisée dans son confort bourgeois ? Dans sa petite ville de province, entre les tracts politiques et les réunions tupperware, Jessica s’ennuie et doute. Alors elle rencontre des garçons : Thierry, un jeune barman en conflit avec sa mère dépressive et Régis, un employé de son père, lui aussi actif militant d’extrême-droite. Elle aime le premier, défie le second et perd les deux. Perdue dans ses contradictions d’adolescente, Jessica doit affronter l’intolérance et l’incompréhension de ses parents...
C’est pas toujours marrant, le Nord ; le soleil ne réchauffe pas vraiment la plage et encore moins le jeune homme et la jeune fille dont le film retrace la rencontre. Ces deux jeunes gens sont magnifiques parce qu’ils s’élèvent. Ils s’élèvent au dessus de leur condition comme on dit, ils regardent leurs familles une dernière fois, avant de partir... Ou de rester. La question qui les hante est évidemment tragique : pourront-ils s’élever eux-mêmes suffisamment, pour s’envoler, alors que la dévastation familiale qui les a une première fois élevés, éduqués, leur colle à la peau ? Si les personnages de ce film sont encore adolescents, le film, lui ne l’est pas du tout, il montre le désir vital de la jeunesse sans aucune niaiserie lyrique ou idéologique ; en cela il rompt avec les angoisses adolescentes qu’on nous sert fréquemment du type« puisqu’ils sont tous pourris et nous avec, par ici la monnaie et Dieu reconnaîtra les siens » Eh bien, non ici ni Dieu ni maître ! Familles je vous hais nous montre des jeunes gens qui osent se poser la question redoutable : « comment fait-on pour partir si l’on ne sait pas où l’on est ? » Ou encore : « comment ne pas mourir quand on voit d’où on vient ? ».
Claire SIMON, cinéaste