Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Denis GheerbrantIls disent l’enfance qui s’en va, la cité qui fait peur et qui fait envie. Ils nous parlent du bien et du mal, de la religion et des résultats scolaires. Ils sont en cinquième et vivent l’âge où l’on naît au monde.
Grands comme le monde est un documentaire, oui. C’est un documentaire réalisé dans un collège du quartier du Luth à Gennevilliers. Mais Grands comme le monde ne se contente pas d’être un document (aussi informé soit-il : Denis Gheerbrant est resté là plus d’une année) sur un collège « difficile » de banlieue. C’est un film qui pose des questions universelles dont l’enjeu dépasse le cadre sociologique qu’on croit (à tort) être la destinée du genre simplement : sur la vie, la mort, les chemins de la liberté, les marques du temps, la ligne d’horizon qui s’étire tout près et au loin pour tout un chacun. Le plus remarquable est la manière dont Denis cinématographie ces questions. Comment il les transforme en moments de cinéma. L’horizon de chacun par exemple : l’espace dans lequel, littéralement, ils évoluent. Pas ces images ressassées des reportages télé (cages d’escaliers forcément taguées, carreaux cassés, voitures brûlées...) non. L’horizon quotidien de ces enfants, Gheerbrant le capte sur leur visage ; il l’inscrit dans le regard et dans la voix de ses personnages : en engageant son propre regard et ses propres questionnements dans ce filmage. Il faut une grande acuité, une réelle tension intérieure et extérieure aussi, pour atteindre ainsi le monde de Joachim, d’Hafid, celui d’Oumarou, (petit Cassius Clay de Gennevilliers) : pour y capter le bonheur et l’inquiétude de ce monde, celui qu’ils vivent et celui, tapis dans l’ombre, qui les attend. Jeu tragique du visible et de l’invisible : comme devant les grands films populaires (et seulement devant eux) , le spectateur de Grands comme le monde se sent parcouru du scénario fatal de la vie.Serge LE PERON
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