Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Asoka HandagamaDeux ans après la fin de la guerre au Sri Lanka, un ex-combattant tamoul retourne dans son village. Il y retrouve la femme qu’il a aimée, et entreprend de revenir à une existence normale. Mais les haines du passé ressurgissent. Two years after the war in Sri Lanka, an ex-militant of the Tamil Tigers returns home. He finds the woman with whom he was in love, and tries to start a new life. But he is unexpected and unwelcome by the villagers.
Un homme, seul, rentre chez lui. C’est un ancien cadre des Tigres de libération de l’Îlam Tamoul, le mouvement de guérilla qui a sévi au Sri Lanka pendant trente ans. Face à lui le silence, puis la colère de villageois marqués par les enrôlements forcés et les ponctions financières des séparatistes. Ils n’entendent pas laisser ce « revenant » en paix. Pas plus que les habitants de la ville toute proche où l’homme cherche un travail qu’on lui refuse. Le « tigre qui revient » est la mauvaise conscience de l’Îlam Tamoul. Celui qui, en s’obstinant à vivre, questionne l’utopie séparatiste et ouvre les plaies encore vives d’un pays composite où cohabitent tamouls, singhalais et musulmans. Avançant à tâtons dans la touffeur humide de sa nouvelle vie civile, l’homme se débat pour échapper aux fantômes qui surgissent à chacun de ses faux pas, avec une douceur et une patiente obstination qui contrastent avec son physique massif. Servi par une image remarquable et une grande finesse d’interprétation, avec une mention spéciale pour Dharshen Dharmaraj qui incarne le personnage principal, Ini Avan nous aspire dans sa quête identitaire en réussissant à concilier la gravité de son sujet avec un humour et une tendresse inattendus. Une atmosphère qui doit beaucoup à l’autre grand rôle du film, une rescapée singhalaise dont l’Histoire pourrait ne retenir que le statut de victime mais qui par son entêtement et son espièglerie offre une issue aussi subtile qu’imprévue.
Frédéric RAMADE, cinéaste
Faut-il connaître l’histoire du Sri Lanka pour entrer dans l’univers filmique d’Asoka Handagama ? Peut-on rattacher Ini Avan à un genre, et celui qui vient tout de suite à l’esprit, le genre Bollywood, avec chansons et situations mélodramatiques à la chaîne ? C’est évidemment les questions que l’on peut se poser dans les premières minutes du film. Mais passé le mariage forcé de la première jeune femme et de sa vie avec l’ancien chef rebelle, le récit s’installe ailleurs. A plans presque arrêtés, cadrés avec rigueur, le cinéaste nous impose le rythme lent d’une société d’après guerre qui oscille entre désillusion et illusion de renouveau par les trafics mafieux. Le révélateur du film, la pierre angulaire qui fait basculer le récit vers une nouvelle liberté, même si celle-ci est semée d’embûches, c’est l’arrivée de la femme du gardien limogé. A la fois forte et mutine, elle se glisse dans les plans, s’impose au point que l’on ne voit plus qu’elle. Elle tourne le dos à la victimisation, affronte la vie avec cran, obligeant notre héros à réagir et à ouvrir un peu plus les yeux sur les dégâts d’une société qui a perdu ses repères économiques et moraux. J’aime l’idée de cette jeune femme filmée en bord de plan, en arrière plan et qui fait exploser le cadre par sa détermination. Si le cinéma a une géographie, sa force vient lorsqu’il franchit les frontières pour aborder l’intime de notre humanité. Et Ini Avan produit ce moment de grâce avec ces quelques plans qui restent gravés dans notre mémoire, plaçant Asoka Handagama comme un cinéaste de notre temps. Daisy LAMOTHE, cinéaste
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