Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Tariq TeguiaLe topographe Malek accepte un travail dans l’ouest de l’Algérie. Il arrive dans un camp occupé auparavant par une équipe qui a été décimée par les fondamentalistes. Un jeune berger l’observe de loin ; quelques hommes dont certains sont armés l’approchent et le questionnent sur sa présence. Ayant fui les terroristes islamistes, ces fermiers ont décidé de retourner dans leur village…
Inland, un film qui ouvre un nouvel espace visuel et narratif. Inland, un film délibérément politique. Non seulement parce qu’il y est question de l’Algérie contemporaine, entre système policier, misère et terrorisme, terre d’émeutes où dans les campagnes verdoyantes les suicidés pendent aux arbres, l’Algérie lieu de passe pour clandestins ; non seulement parce qu’on y parle frontalement politique, mais surtout par sa manière filmique. S’il y a un programme de ce point de vue là, c’est à l’encontre de la toute-puissance cinématographique dominante où le système narratif, le dessin des personnages, la fonctionnalité des dialogues, la bande sonore, etc. sont essentiellement inféodés à la démonstration d’un devoir ressentir ou penser. Ici, pas de « toute évidence », mais le tremblement d’une errance (choisie-contrainte) dans le sillage de laquelle se croisent les formes contemporaines, locales autant que mondialisées, du rejet, de la rupture, de la traque, et de leurs corollaires, l’épuisement, la mort et, possiblement, la fraternité et la résistance. Les clandestins, les bergers, les activistes, les intellectuels, les paumés, les sécessionnistes - le personnage de Malek ? -, la fête et la musique. A la surface du récit, et à la manière du terrain que relève Malek le topographe, affleurent ici et là les couches de l’une ou l’autre des strates humaines et physiques qui dessinent la société algérienne. Enfin le désert, comme un espace d’anticipation archaïque, grouillant du monde des écartés (le stade perfectionné, soft et préventif, de l’exclusion), le désert comme ultime refuge de tous les refusés, où les habituels découpages du territoire sont ruinés, où la fraternité se réinvente au hasard des rencontres. Et puis, ceci ayant à voir avec cela, la force expressive de l’invention plastique. Par exemple, dans la séquence finale, les silhouettes troublées qui disparaissent dans les sables du désert, miroitant comme des images-mirages qui se muent en inscriptions archéologiques sur des parois minérales, sont d’une beauté saisissante. Elles disent l’archaïsme de la violence exercée et qu’à l’oppression programmée s’oppose la décision de disparaître, de se fondre dans un ailleurs du monde. N’est-ce pas ce qui s’appelle prendre le maquis ?
Cati Couteau, membre de l’Acid
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