Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Pierre LéonAprès six ans passés en pension en Suisse, Pierre retourne à Paris. Sa mère, pianiste, est gravement malade et elle est jalousement protégée par le cercle familial. Le père de Pierre, célèbre chef d’orchestre se montre mal à l’aise avec son fils, qui ne tarde pas à s’apercevoir que d’étranges complots se nouent autour de lui. Il cherche à s’échapper de cette atmosphère étouffante en entrant dans une école de théâtre.
Depuis des années déjà, Pierre Léon et des Spy Films peaufinent en douce (et jusqu’ici en vidéo), une œuvre de cinéastes. Entre Paris et la Creuse s’élabore un travail insolemment libre fondé aussi bien sur une autarcie financière quasi-totale que sur une ouverture revendiquée à tous les apports d’une culture érudite (tant musicale que littéraire, picturale et… cinématographique) : un phalanstère de cinéastes sophistiqués et francs-tireurs. Cette démarche coopérative et romanesque reconnue maintenant dans toute l’Europe permet de mieux saisir l’originalité profonde de L’Adolescent. Premier de leurs long-métrages tourné sur pellicule (quand tous les professionnels de la profession s’émerveillent du passage au DV), partout scintillent dans L’Adolescent, cette parfaite indépendance, cet amateurisme radical, militant, qui en font l’élégance tragique. Le film de Pierre Léon (qui couronne le cycle du Dieu Mozart) s’avance alors en majesté, dans un monde diaphane d’intrigues familiales : un Paris propice au complot, un univers instable où russes blancs et mélomanes se côtoient, se déchirent, et dont l’adolescent sortira meurtri mais enfin autonome et libre. Pendant que Cannes se voit de nouveau menacé par l’insignifiance endémique des images, le classicisme coupant de Pierre Léon nous invite à revoir point par point (cadrages, actorat, dialogues, montage, musique) ce qui nous lie encore au Cinéma. Du coup ce projet fou devient notre urgence et L’Adolescent nous rappelle à l’ordre de l’intégrité artistique… et du pur plaisir. Vincent DIEUTRE, cinéaste