Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Serge Le PeronA la fin d’une soirée de solitude, comme la vie en fabrique parfois cyniquement, François Marcorelle, juge d’instruction à Chambéry, se retrouve dans la chambre d’une jeune polonaise, rencontrée dans un restaurant turc de la ville. Et là, il commet un meurtre. Du moins le croit-il. Car, pour son ami Georges, il s’agit seulement d’un de ces cauchemars dont il est coutumier. Le pur produit du sentiment de culpabilité qui le ronge depuis toujours et qui donne des armes à ses adversaires au Palais. Mais cette fois, François Marcorelle sent qu’il n’a pas rêvé : et la preuve, un après-midi d’été, dans la pénombre d’une salle de cinéma, il la retrouve par hasard.“Nous sommes tous coupables... Et moi plus que tous les autres.” Dostoïevski
Les films de leur vie.
L’Affaire Marcorelle est un film qui nous rappelle que le cinéma demeure un art populaire et cela me réjouit. Et là où bien des gens ont fait leur deuil de cette capacité intrinsèque du cinématographe à nous raconter les histoires, surgit cette fiction romanesque où chaque personnage est bien plus que la somme des actions qu’il aurait à faire pour nous rendre le récit compréhensible. Il y a d’évidence une histoire du film dans le choix fait par Serge Le Péron de faire jouer le personnage de François par Jean-Pierre Léaud et de la même manière un réel plaisir à ne pas la voir cacher par le film lui-même. C’est donc un film plein qui permet par ses multiples possibles de voir plusieurs films en un : histoires d’amour, du cinéma, du politique, et toutes mélangées dans une mise en scène subtile qui est cette manière parfaite de faire se nourrir le récit de tout ce qui n’est pas juste une histoire. En ce sens, L’Affaire Marcorelle est un film classique et c’est l’une de ses immenses qualités. Et si le film émeut tant, ce n’est pas simplement par une nostalgie individuelle distillée avec élégance et pudeur mais bien parce qu’il nous donne à voir un homme dans son intenable condition entre désir et jouissance. Truffaut aurait été content.
Arnaud DOMMERC, cinéaste