Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Guy GillesLors de ses vacances à Brest, une jeune parisienne tombe amoureuse d’un marin. Mais l’automne arrive et les deux amants doivent se séparer. Ils s’écrivent, chacun vivant sa vie, lui à Brest avec ses copains, elle à Paris dans l’attente de le revoir. Leur amour résistera-t-il à la distance ?
Pourquoi amener à Cannes, temple de l’actualité, le film d’un cinéaste mort tourné en 1962 quand tant de films restent à la porte ? Eh bien parce qu’il faut rafraîchir la mémoire, parce qu’un film ne se regarde pas juste une semaine, parce que l’amour pour un film est la seule raison qui vaille ? mais surtout parce que L’Amour à la mer nous rappelle qu’on peut être léger et dire beaucoup de choses sur une époque, sur les gens simples, sur leurs problèmes existentiels et tout ça dans la jubilation d’une écriture cinématographique totalement libre et ludique. Guy Gilles utilise tout : la chanson populaire, la voix off, la photo, le flash back, un montage qui se construit comme une musique, qui n’a pas peur des ellipses, un récit vagabond dépourvu de dramaturgie ampoulée. Il raconte une bluette sentimentale, parle des rideaux de la grand-mère et nous voyons l’amour, l’attente, les doutes, les conditions de vie difficiles, la guerre, l’amitié, l’espoir. Ce n’était pas pensable de ne pas montrer ce film, nous en avons trop besoin.
Marie VERMILLARD, cinéaste
L’Amour à la mer est un beau premier long métrage ardent et tremblant (1962-1965, le temps de le tourner sans le sou), réalisé par un jeune homme de 25 ans, dix ans de moins qu’un autre jeune homme, Paul Vecchiali, lorsqu’il tourne Les Ruses du diable en 1965. Tous deux avec la même interprète principale, Geneviève Thénier, qui jouera deux années plus tard avec d’autres marins dans Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, lequel avait tourné Lola en 1961, un an avant que Guy Gilles, non à Nantes mais à Brest, ne fasse chanter Lili Bontemps (« Lili Lamour ») dans un cabaret ? À ce petit jeu (de pistes), on peut arpenter Brest et Paris, et découvrir le « pan coupé » d’une époque contenue en plans de coupe dans un film fredonné à la manière d’une chanson d’amour réaliste par Guy Gilles, ce bel acteur aussi, sorte de Gérard Blain gracile à la bouche d’Albert Camus, et dont le cinéma aujourd’hui, comme chante Damia dès l’ouverture, fait encore figure de « l’étranger » « qui par l’amour délaissé ne trouva pour le bercer que la mer câline ».
Sandrine RINALDI, cinéaste
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