Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Marc RechaMarti, Roser, Andreu, Dolors, Angèl, Miquel. Tous ces personnages se rencontrent dans un petit village au Sud de Valence, en décembre 1994. Ils dévoilent chacun à leur manière leurs blessures secrètes, leurs rêves inavoués, leurs amours déchus ou leur peur de la mort.
Dans une ambiance hivernale, face à la magie de la nature, ils sont réunis pour un instant autour de l’arbre aux cerises, symbole de la vie.
Tout en finesse et en suggestion, le deuxième film de ce jeune réalisateur espagnol, appelle le spectateur à remplir les espaces vides et met en branle chez lui une double activité de la méditation et de la contemplation. On pourrait résumer le sujet comme la chronique d’un petit village au sud de Valence où des histoires simples de la vie s’entremêlent mais, la construction fragmentaire n’apparaît que comme une résultante. Exposées comme des morceaux d’une mosaïque, les différentes intrigues disparaissent en progressant et ouvrent sans cesse le champ au véritable sujet du film : l’espace, le temps et la mémoire qui les réunit en chacun de nous. Recha est photographe, ses cadres peu à peu, sans les évacuer, relativisent la présence des protagonistes et leurs dilemmes rapetissent devant l’espace quasi immuable de ce superbe village (opposé par fines touches à l’espace urbain) . Les paysages qui l’entourent deviennent peu à peu les véritables personnages et les sons de la nature des dialogues (la bande son est magnifique, musiques et sons s’y entremêlent subtilement). C’est un film envoûtant comme l’inaction ( « Les malades ici sont tous en bonne santé » dira le docteur Marti à son successeur) et serein comme la vie d’un arbre fruitier, symbole de la vie humaine, éphémère comme lui. Avec poésie et simplicité il ramène l’agitation humaine (pourtant limitée à son expression la plus sobre : partir, mourir, aimer, trahir, voler, pardonner ), avec ses grandeurs et ses mesquineries à leur juste place dans le merveilleux de la vie. Une invitation à ouvrir les yeux.