Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Jacques NolotAprès dix-ans d’absence, Jacques Pruez, cinquante ans, célibataire, acteur de second rôle, retourne dans son village pour assister aux derniers jours de sa mère... Il habitera pour la circonstance chez ses tantes Aimée et Jeofrette, renoue avec le passé, avec les ragots du village...Yvan, son père, « le coiffeur des petits et des grands », compte sur son fils qui a « réussi » pour assurer ses vieux jours... Il ne croit pas à la maladie de sa femme, pense que ce sont les médecins qui la tuent...Une dispute éclatera avec son frère Alain, flic à Bordeaux, sur le devenir du « vieux »... il n’en veut pas chez lui... « J’en ai rien à foutre de ce vieux con... Tu n’as qu’à te le prendre à Paris... Nous on en veut pas... » Après la mort de sa mère, Jacques apprendra que son père n’est pas son père...Prisonnier de son enfance... de son village... du passé... Jacques erre la nuit dans les rues... revit les moments qui ont marqué sa différence...
Marciac. Gers. 1225 âmes. C’est dans ce village qu’une expérience de cinéma unique a eu lieu. Si le cinéma, c’est d’abord l’écran, la toile du fond, sur laquelle se détache le clair-obscur de nos désirs, tout homme a aussi une toile de fond secrète qui l’a façonné, souvent même sans qu’il le sache vraiment.
Comme un sourcier anthropologue, Jacques Nolot - le cinéaste - va arpenter ce terreau fertile où il a poussé (Marciac est son village natal), dans l’espoir d’y détecter la source enfouie, la scène archaïque dont Jacques Nolot - l’homme - est issu. Mais dans ce qui n’aurait pu être qu’une simple thérapie ou l’évocation naturaliste d’un souvenir drapé de nostalgie, Jacques Nolot décide d’impliquer tout le village. Certains de ses habitants doivent alors se jeter à l’eau et rejouer chacun un rôle dans la partition intime d’une histoire qu’ils ont bien connu, prêtant leur corps à la représentation cruelle de secrets qu’ils étaient peut-être au fond peu enclins à révéler. Ils donnent au film sa force étrange, ils sont sa matière première à la fois pudique et impudique que Jacques Nolot - le dramaturge - sait mettre à l’épreuve et pousser dans ses derniers retranchements. Car il retourne à Marciac comme on va au feu, prêt au pire, armé d’une écriture puissante et ciselée, donnant un souffle court et abrupt à un récit destiné à demeurer tel quel, sans résolution évidente et facile.
La formation d’un désir, la comédie et la tragédie des origines, les tours du destin qui se scelle toujours plus vite que prévu : l’arrière-pays, la vérité d’une vie ou presque... C’est la grande réussite du film que d’avoir su, pour raconter tout cela, inventer une langue, belle et drue, grande et triviale, qui mêle courageusement le cru et le cuit, qui sait restituer le plus longtemps possible l’ambiguïté du réel, avant de s’incarner dans des corps, des gestes et des regards qui rendront palpables les sentiments les plus secrets.
Danièle DUBROUX
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