Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Yves CaumonSuzanne s’isole à la campagne. Mais elle supporte difficilement la solitude.
Ca commence par de somptueux plans de nature. Sans effet ni emphase. Une simplicité quasi fordienne avec une touche de lyrisme comme valeur ajoutée, histoire de décaler imperceptiblement l’ordre naturel des choses. L’équilibre et l’harmonie sont ici le chiffre secret d’un récit conduit avec un art de la mise en situation, un sens du rythme, une science de la rupture de ton qui sont, ensemble, pur bonheur de cinéma. Un art au service de trois personnages saisis au vif de leur malaise ou de leurs découvertes respectives : chacun apprendra au terme de l’aventure un peu sur lui-même et beaucoup sur l’Autre. Il n’est pas indifférent que le personnage principal soit une femme-artiste-peintre s’interrogeant sur elle-même, les autres et son rapport au monde. L’enjeu du film, le trouble qu’il répand la complexité des tentatives de réponses apportées à l’énigme de la vie et de la création, font de La Beauté du monde une œuvre étonnante de maturité, de force et d’émotion. Yves Caumon nous régale d’un moment de cinéma qui tient magnifiquement les promesses de son titre. On se casse parfois la gueule pour beaucoup moins que ça !
Jean-Claude GUIGUET, cinéaste