Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Radu JudeDelia est la fille la plus heureuse du monde. Elle a 18 ans et vient de gagner une belle voiture grâce au jeu-concours d’une marque de jus d’orange. Pour en prendre possession, elle doit tourner une pub afin de vanter les mérites du jus en question. Mais Delia n’est pas très bonne comédienne, les conditions de tournage ne sont pas optimales et les prises se multiplient… Puis il y a ses parents qui tentent par tous les moyens de lui faire signer une décharge afin de revendre la voiture et récupérer l’argent. Seulement, Delia sait ce qu’elle veut. Elle veut garder la voiture et partir à la mer avec ses copines…
Delia, 18 years old, has won an expensive car. She comes with her parents to Bucharest for the testimonial shooting - the proof that she really won the prize. During the shooting, Delia has long talks with her parents : Delia wants to keep it, while her parents want to sell it.
La vie est simple lorsqu’il suffit d’avaler un jus d’orange, boisson miraculeuse qui transforme une fille simple en actrice de cinéma publicitaire et en propriétaire d’une voiture Logan flambant neuve. La vie est plus compliquée quand il s’agit de régler les dérapages familiaux apportés par cette soudaine richesse. C’est sur ce scénario que Radu Jude construit un film intimiste et doux-amer, avec au centre, un père, une mère et leur fille Délia. Et quelle fille !! Celle qui se présente à nous au début du film, recroquevillée dans l’auto familiale, enrobée de malaises et de complexes, sort de sa chrysalide et se rebiffe. Filmée essentiellement dans la rue, La Fille la plus heureuse du monde s’enhardit au fil des répétitions qui confinent au gavage, coincée entre un univers familial étouffant et des rêves qui prennent l’eau. Avec une mise en scène légère, à distance, la caméra traque les déplacements des personnages, les observe, et s’installe avec eux dans les creux du tournage pour saisir leurs frustrations et leurs faux espoirs. Sur une place surchauffée, au milieu des badauds, emmurée entre un jet d’eau et une avenue bruissant de voitures, Délia transpire l’envie de vivre, ânonnant son bonheur publicitaire pour mieux fuir le chantage affectif et financier de ses parents. Comédie sociale qui pointe les travers d’une société en mutation, chaque scène nous fait sourire par petites touches incisives qui mettent à nu les conflits générationnels et historiques, entre ceux qui ont connu le communisme et ceux qui veulent vivre les images de cette nouvelle société de consommation. Dans ce road movie immobile qui emprunte la route de l’envers du décor, Délia boit son bonheur jusqu’à la lie et nous fascine par sa puissance tranquille.
Daisy LAMOTHE, cinéaste
Pyramide
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