Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Sophie LetourneurSynopsis :
Pam a 20 ans. Sa bande de copines se retrouve toujours sur lecanapé du Ranch, l’appart’ qu’elle partage avec Manon. Discuter,boire, fumer, danser : c’est de leur âge, mais arrive le moment oùl’on a besoin de s’échapper du groupe pour tracer son chemin.Pam is twenty years old. Her group of girlfriends always finds itself on thecouch of the Ranch, the flat she’s sharing with Manon. Occupations theirage : talking, drinking, smoking, dancing, but it’s probably alone that Pamwill grow up.
La Vie au Ranch est une partition de musique, musique pour orchestre, dont lamaîtrise nous oblige à écouter au-delà des quatre phrases du violon isolé au milieu del’ensemble. C’est ainsi qu’il faudrait regarder ce film. C’est une invitation à sepositionner en tant que spectateur, une invitation à regarder et écouter autrement :c’est un geste de cinéaste, qui n’a pas d’égal pour l’originalité de sa recherche.Le Ranch est un appartement parisien rempli par la cacophonie incessante d’unebande de copines de 20 ans. Première partie. Le trop plein acoustique semblequelque part cacher un vide identitaire : cette ouverture est tragique et monstrueuse.Deuxième partie : le Ranch déménage pour les vacances ; à la campagne les copinessont en apnée, plus un son, plus un mot : silenzio. On regarde sous verre le groupese briser en morceaux. La partition se clôture par un aria, une voix seule comme lechant d’un oiseau dans une chambre d’étudiante à Berlin : c’est la découverte de soimême.Ainsi Sophie Letourneur atterrit sur une plage libre, où il n’y avait personneavant elle, son cinéma ne tient qu’à elle-même.Chiara MALTACinéasteLe film regarde longuement ce qui ne nous est pas demandé de regarder. Quelquechose, de votre regard, qui dérange l’ordre établi, fusse-t-il bourgeois. Il y a une fascinationpour la durée laquelle démasque ce qui se joue derrière les apparences,derrière ce regard de surface. De ce point de vue, lorsque l’échappée belle dugroupe survient, nous restons sans mot. La surface des visages s’assombrit. L’immobilitése dépose. Quelque chose d’irréversible pointe. Notre regard déroutéchange de localisation et nous nous demandons ce qui va advenir de cette énergiebouleversante qui irradiait jusque-là.Luc VERDIERCinéaste
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