Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de François ZabaletaL’histoire d’une rencontre qui n’aurait jamais dû avoir lieu, entre une employée de maison et un photographe homosexuel de vingt ans son cadet. Leur histoire, dans une ville No man’s land du centre de la France, dure tout un été, quelques années avant l’an 2000. Chaque nuit, ils arpentent les rues de cette ville...
Story of a meeting that should never have happened, between a domestic employee and a homosexual photographer twenty years younger than her. Their story, in an empty town in the center of France, last a whole summer, a few years before the year 2000. Every night, they pace up and down the streets of this town.
Quelle puissance poétique dans ce film, en regard de sa simplicité formelle. Visuellement il tient de la photo de famille, du roman-photo, de l’inventaire à la Eugène Atget. Lieux désertés d’une ville de province, de région plutôt, acteurs posant dans des gares, sur des parkings de supermarchés, devant une centrale nucléaire, archives noir et blanc, plans fixes d’aubes brumeuses, route qui défile et, non pas dessus, mais dedans, avec, une voix-off qui dit des choses profondes, rugueuses, quotidiennes, sexuelles, dures, belles sans être « poéteuses ». Cela coule et vous êtes portés par une rivière qui vous emmène vers sa fin, mais vous vous sentez si bien que vous acceptez son rythme. Cela s’apparente à Lettres en Somalie de Frédéric Mitterrand ou certains films de Marguerite Duras. Une femme parle à un homme : je suis une femme qui écoute son ventre qui lui dit de te laisser sur le rivage,(...) Je suis une aberration,(...) je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi réel que toi. Des ouvriers sortent d’une usine au temps du muet : (...) on n’est pas de ceux qui savent profiter, profiter ça s’apprend jeune, sur le tard c’est trop tard, profiter ça ne s’improvise pas. Et puis à cet homme qu’elle n’aurait jamais dû rencontrer, elle, la boniche, elle dit aussi : J’ai envie que tout le monde m’entende hurler parce que tu me dis que c’est avec moi que tu préfères perdre ton temps. Voir La vie intermédiaire c’est tout le contraire de perdre son temps puisque ça vous fait avancer : (... ) sentir est ma façon de savoir...
Joel Brisse, cinéaste
François Zabaleta