Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Robert GuédiguianLa Ville est tranquille, c’est l’histoire... ... de Michèle, ouvrière à la criée aux poissons, qui ne vit que pour sauver sa fille de la drogue...... de Paul qui trahit ses amis dockers en grève pour devenir chauffeur de taxi...... de Viviane, musicienne qui ne supporte plus la gauche réaliste que représente son mari...... de Abderamane, transformé par la prison qui cherche à aider ses frères...... de Claude, que des militants d’extrême droite sont les derniers à écouter...... de Gérard, dont le rapport à la mort, la sienne et celle des autres, fait mystère...... des parents de Paul, retraités, qui ne voteront plus jamais...... d’Ameline, dont le corps affiche la santé qu’elle voudrait insuffler au peuple en lui rappelant ses origines pré-monothéistes...... de Sarkis, qui se bat pour le piano à queue dont il rêve...Des histoires singulières, enchevêtrées, qui se déroulent dans le même temps et dans le même espace, Marseille, en l’an 2000, et qui, face à la montée de l’insignifiance et de la confusion attestent que « la ville n’est pas tranquille ».
Du mélodrame au film noir, il y a une passerelle rarement explorée que La Ville est tranquille emprunte. Renouant ainsi avec des films qui, de Chenal à Fassbinder ont donné au cinéma de grands films populaires, populaire au sens premier : qui appartient au peuple.Il devient de plus en plus évident que le cinéma de Robert Guédiguian et celui de Fassbinder se parlent, même sens de la troupe, même désir d’explorer un lieu et qu’importe que l’un soit un pays et l’autre une ville, même manière de raconter les histoires « d’en bas » et même amour du mélo, genre populaire par excellence.La ville est tranquille est un mélo mais un mélo brechtien, Arina Ascaride y interprète une « Mère Courage » qui ne peut pas se poser d’autre question que comment tenir jusqu’à demain, personnage qui ne peut penser l’avenir tant le quotidien est lourd. L’histoire progresse par des rencontres et cela est nouveau dans le cinéma de Gédiguian où en général le groupe pré-existe à la fiction. Le seul lien qui appartient au passé est le personnage de Gérard Meylan, personnage qui permet à Robert Guédiguian d’explorer une mythologie marseillaise que jusqu’ici il n’a pas traitée : celle du Milieu. Par bien des aspects, ce film semble le début de quelquechose dans le cinéma de Guédiguian un peu comme si A la place du coeur et A l’attaque avaient clos une période, celle des contes de l’Estaque. La Ville est tranquille en inaugure peut-être une autre, celle des mystères de Marseille.Jean-Henri ROGER
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