Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Julia SolomonoffL’été en Argentine, Jorgelina avait l’habitude de jouer avec sa soeur dans la « Boyita », la roulotte garée au fond du jardin. Mais cette année, tout est différent : ses parents se séparent et sa soeur, désormais adolescente, devient une étrangère pour elle. Alors Jorgelina part à la campagne en quête de Mario, le fils des paysans voisins. Ensemble, ils découvrent les mystères de leurs identités sexuelles. Un film sur l’éveil, une oeuvre intimiste racontée à hauteur d’enfant.
Les paysages argentins, la musique, toute sobre, à la guitare classique, une caméra portée mais qui cadre, une grande sobriété, une certaine pudeur même : tout concourt à voir là un film plein de douceur et de cœur. De belles images, une dramaturgie maitrisée qui prend le temps de regarder du point de vue de Jorgelina. C’est un film intime, sur le sujet toujours très « cinématographique » de ce moment où l’on grandit irrémédiablement (La naissance des pieuvres), traité ici avec une grande simplicité.
Nous sommes avec Jorgelina, à sa hauteur et dans son regard. C’est une petite fille qui va découvrir sa propre intimité, sa sexualité, son premier rapport privilégié à l’autre, cet autre qui la fait grandir et déjà devenir femme. Ce moment de l’éveil s’accompagne ici d’une double problématique : l’identité sexuelle et la question de l’intimité. L’intimité c’est d’abord ce qui lui ferme la porte au nez, quand les adultes ont des choses très privées à faire, et plus tard ce qu’à son tour elle voudra préserver. Car Jorgelina a un amoureux. Dans les livres, dans le regard des adultes, elle se questionne sur cet autre qu’elle aime.
Tout près d’elle un drame se trame, que la réalisatrice, Julia Solomonoff traite sans dramatisation excessive, au moyen d’une narration par petites touches, par anecdotes et moments privilégiés filmés avec douceur. Les plans se succèdent, porteurs d’émotion et pourtant une distance constante respecte les personnages, tantôt par ellipse, tantôt par la distance physique de la caméra. Quand celle-ci se rapproche, c’est pour entrer dans le visage de la petite, ou dans les traits porteurs de sens des adultes que la petite dévisage. C’est qu’elle cherche en elle et autour d’elle à comprendre à quoi l’amour si simple qu’elle ressent et partage se heurte : l’identité sexuelle vue non comme problème mais comme questionnement…
Chiara MALTA, cinéaste
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