Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Dominique MarchaisUne enquête documentaire sur le monde agricole français aujourd’hui, à travers de nombreux récits : agriculteurs, chercheurs, fonctionnaires, écrivains... Un monde qui parvient à résister aux bouleversements qui le frappent - économiques, scientifiques, sociaux - et qui, bon gré mal gré, continue d’entretenir les liens entre générations. Un monde au centre d’interrogations majeures sur l’avenir.
Dans la peinture de la Renaissance, les grands personnages – doges, rois, chevaliers – posent devant une ouverture sur l’extérieur qui célèbre une action ayant fait leur gloire. Dans le film de Dominique Marchais, les acteurs du monde agricole – agriculteurs, microbiologistes, intellectuels, institutionnels – posent devant le paysage qui fait leur gloire : Beauce, bibliothèque, bureau, plateau de Millevaches. Paysans ou pas, ils posent devant le paysage où ils opèrent, non avec leurs mains, mais avec leur pensée. On ne voit ni l’éleveur nourrir ses bovins, ni le céréalier planter ses semis. De la période pré-industrielle à aujourd’hui, les connaissances pratiques, techniques, économiques, philosophiques, s’enchevêtrent. La pensée a ses embardées, elle est une euphorie. La terre est morte. L’auto-génération de la terre est un phénomène plus complexe que son exploitation intensive. La vie est un phénomène plus complexe que la mort. Un système simple n’intègre qu’une variable. Un système complexe en intègre plusieurs. Les films « prise de conscience de l’état de la planète » sont souvent des films accablants – criant grâce, portant le coup de grâce. Le Temps des grâces, film interrogatif au titre enterré, est un documentaire sur l’état des terres et du paysage agricoles en France. Le Temps des grâces – rappel d’un âge d’or où l’homme et la nature étaient en harmonie – le sous-tend comme une question. S’il permet de décrypter la campagne (qu’est-ce qu’un bocage, une forêt de résineux, un chemin creux, un grenier à blé, de la tourbe…), le film nous renvoie, avec une grande économie visuelle, à notre imaginaire rural. Pendant un plan de vaches dans la brume, référence explicite à L’Arcadie de Poussin, on se rend compte que cet imaginaire date du passé. Les campagnes aujourd’hui, ce sont des abords de routes, d’autoroutes ou d’aéroports, avec poteaux électriques et lotissements pavillonnaires. Qu’évoquent-elles, sinon quelques films de Godard, qui n’a jamais tellement glorifié l’harmonie entre l’homme et la nature, leur préférant les dieux ? La campagne française est à repeupler, mais c’est avant tout d’un nouvel imaginaire agropastoral.
Pascale BODET, cinéaste
Capricci Films
27 rue Adolphe Moitié
44000 Nantes
Tél : 02 40 89 20 59
Fax : 02 40 89 20 59
Email : contact capricci.fr
Site : www.capricci.fr
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