Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Philippe FernandezTableau d’une petite communauté humaine vivant apparemment aux premiers moments de la conquête spatiale, confrontée à un événement géologique autour duquel se cristallisent quelques réflexions sur l’espace, l’espèce, et le temps.
A tableau of a small community of humans seemingly poised on the verge of the space age, confronted with a geological event which triggers off a meditation on space, species and time.
On ne voit bien qu’avec le cœur… Un des plus grands plaisirs au cinéma ne vient-il pas de découvrir d’autres mondes ? La première bonne nouvelle de Léger tremblement du paysage, c’est qu’il ne copie pas le monde qui nous entoure mais qu’il invente un monde à soi. Ou du moins la connaissance du monde que le film nous transmet est-elle autre, comme lorsque qu’on dit que l’essentiel est invisible pour les yeux. Et le monde que substitue à notre regard Philippe Fernandez tient des inventeurs, des peintres. Dans un décor pareil à un immense terrain d’expérimentation, la caméra flotte comme dans un mouvement perpétuel, la mise en scène instaure une distance élégante avec ce mélange de trivial et de sublime qu’on nous propose. Les personnages interrogent leur lien au monde, comment y être ; comment le regarder. Etrangeté et drôlerie des visages, des actions, qu’on ne peut réduire en une ligne à telle ou telle intrigue mille fois vue, qu’on ne peut « pitcher ». Notre attention est dès lors requise, notre curiosité peut s’éveiller, notre cerveau et nos sens s’ouvrir : au récit atomisé, lui aussi en arborescence, aux couleurs, aux cadres et à l’espace, au montage difracté, propres à susciter en nous cette sidération commune à tant de grands films de l’ère moderne.
Aurélia Georges Cinéaste membre de l’ACID
Avec Léger Tremblement du paysage, son premier film, Philippe Fernandez plonge le spectateur dans un monde à part, laissant évoluer hors du temps ses quelques personnages lunaires. Composée de teintes à la fois pâles et bleutées, ocres et blanches, flashies et rétro, cette galerie de portraits nous amène à la rencontre successive de personnages presque sortis de l’univers impeccable de la bande dessiné belge. Sous nos yeux, ils vont évoluer, réfléchir sur eux-même, le monde, l’humanité, l’existence, l’univers et sa fin. Un professeur d’art dans une école loufoque se roule nu dans la peinture fraîche, un professeur de sport, fou du chronomètre, s’exerce aux courses de voitures sur de longues routes sablonneuses bordées de pins, un mécano muet est victime du harcèlement des extra-terrestres, deux garçons d’une dizaine d’années, des étoiles plein les yeux, construisent une fusée avec machines à laver et autres ferrailles trouvées à la décharge... Esquisse de philosophie sur la théorie du chaos, illustrée par l’évolution d’un microcosme original et insaisissable, “Léger tremblement de paysage” est un film drôle à l’esthétisme remarquable, qui nous prouve une nouvelle fois que le cinéma français est bien vivant, et qu’il n’hésite pas à sortir des sentiers battus. Un film tout simplement spatial !
Les jeunes organisateurs du Festival international de cinéma Du Grain à Démoudre.
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