Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Marie-Claude TreilhouUne chorale d’amateurs dans le 13ème arrondissement à Paris. Une fois par semaine 30 enfants, 20 adolescents, 30 adultes se réunissent pour répéter et chanter ensemble sous la direction de Claire Marchand, chef de chœur. Il y a des moments de joie, de découragement, de plaisir partagé et de musique. Des premières auditions au concert final, le film écoute et regarde cette communauté au travail.
Dans le cinéma français, il ne vient pas de disparaître, l’héritage de Jean Rouch. Cet héritage, c’est l’idée de filmer la France comme une tribu : ne filmer que ses rites. Mais le temps rituel n’existant que par opposition au temps profane, ne filmer que le temps rituel suffirait, selon Daney, à le faire « basculer entièrement dans l’espace du profane », les dispositifs pervers d’Eustache (répéter les rites, mais inversés) signant alors l’étape ultime d’un tel basculement. Et le rapport à l’autre comme profanable, grand sujet d’Eustache, serait ainsi la vérité de l’écart constitutif de l’ethnologue, qui ne peut appartenir à la tribu qu’il filme, et ce qui creuse dans le documentaire la possibilité d’une fiction, car le spectateur observant ces Français pris dans des rites lui apparaissant soudain comme ceux d’une tribu étrangère n’a pas d’autre choix que de poser la question fatidique, qui laisse enfin surgir sur l’écran des « comédiens sans le savoir », selon le titre de Balzac, à savoir : les gens filmés croient-ils à ce qu’ils font ? Lorsque ce qu’ils font, c’est de la musique, comment naît ce doute fictionnel déchirant l’autonomie collective du rituel ? Le magnifique film de Marie-Claude Treilhou donne la réponse qu’on n’attendait plus : il ne naît pas. Ils croient à ce qu’ils font, les gens filmés ici, car ils ne savent pas encore le faire. Ils doivent apprendre à chanter ensemble. L’incertitude n’a plus besoin de profanation pour naître, car elle précède ici le rituel, et la ferveur fraternelle du rituel n’est plus, du même coup, mise en danger par cette incertitude. Au contraire, elle lui est indissociable : sans cette incertitude, le rituel (de la répétition) serait inutile. Il faut encore travailler. La messe est dite ? Non, pardon : chantée.
Serge BOZON, cinéaste
Les Films d'Ici
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