Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Shahram AlidiMam Baldar, l’oncle aux ailes, exerce depuis bien longtemps le métier de postier dans différents villages de montagne au Kurdistan Irakien. Mais il n’est pas un postier comme les autres puisqu’il transmet des sons et des paroles enregistrés sur des cassettes. Un jour, un commandant des partisans, loin de chez lui, demande d’enregistrer les premiers pleurs de son enfant qui va naître prochainement. En se rendant dans ce village, le postier découvre que tous les enfants ainsi que la femme du commandant ont été conduits dans une vallée éloignée afin d’assurer leur sécurité, et il se met donc en route pour les rejoindre là où ils sont...
Les Murmures du vent (Whisper with the Wind / Sirta la gal ba) est le premier long métrage du cinéaste irakien Shahram Alidi. Ce road-movie onirique au rythme lent et contemplatif, cette errance au travers des paysages grandioses des montagnes du Kurdistan irakien dégage une poésie allégorique remarquable.
Le film démarre sur une image insolite. La caméra est couchée sur le côté, posée sur une table en bois à l’intérieur d’un obscur bureau de poste avec en fond sonore les ronflements d’un homme. Vision subjective, identité dormante qui ne demande qu’à se réveiller. Telle L’épopée de Gilgamesh, le thème central est la quête de l’immortalité, la quête d’identité.
Mam Baldar (l’oncle volant), le personnage principal, est postier. Véritable passeur de mémoire, il est le messager qui transmet non pas des lettres mais des sons et des paroles enregistrées sur un vieux magnétophone. Il est le lien qui fraye avec les fragments du quotidien pour rendre palpable l’invisible. Mémoire à la fois collective et particulière, dérisoire et essentielle, elle n’est pas un refuge dans le passé, au contraire, elle donne ou redonne la vie, l’espoir.
Le film est hanté par les fantômes de la guerre, du génocide kurde, mais la perte ou l’absence se transforment en une présence intérieure aux travers de plans composés comme des tableaux avec une vitalité et une inventivité débordantes. Effets miroirs, utilisation intelligente de la profondeur de champ, personnages filmés à travers une fenêtre, un pare-brise recouvert de boue, cadres dans le cadre, ombres projetées sur un drap, ces images nous placent dans le seuil, dans un mouvement de passage. Glissant sur une terre rocailleuse, le murmure du vent souffle et s’éloigne. Mais toutes ces voix laissent derrières elles un écho vibrant.
Laurent SALGUES, cinéaste
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