Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Rachid BoucharebAprès des années passées comme guide à la Maison des Esclaves à Gorée, Sénégal, Alloune peut enfin partir aux USA à la recherche des descendants de sa famille vendus au Nouveau Monde, il y a deux siècles.De Charleston à Little Sénégal, un quartier francophone de Harlem, il retrace la généalogie de ses ancêtres. Guidé par son idée de réunir sa famille par delà les siècles et les frontières, Alloune va découvrir l’ostracisme entre les communautés africaines et afro-américaines. Rivalités, haines amours, autant de sentiments qui vont animer toute une galerie de personnages : le neveu Hassan, chauffeur de taxi clandestin, sa fiancée, Eileen, enceinte et fugueuse, Karim prêt à tout pour obtenir sa carte verte... et enfin Ida, la lointaine cousine enfin retrouvée...
Séquence 1 - île de Gorée - Maison des esclaves : un vieux sage africain conte le voyage sans retour de millions de déportés dans les lointaines Amériques. Dernière séquence : le même vieux sage enterre, sur cette île-témoin, son neveu assassiné aux États-Unis.Le début et la fin du film résument l’insoutenable souffrance des esclaves d’hier, la dureté et la permanence des rapports de domination d’aujourd’hui... Pour nous imprégner de cette leçon de choses africaines, Rachid Bouchareb nous promène calmement aux USA en nous épargnant les habituelles images de l’hystérie américaine. Et dans la traversée de cet immense continent, Bouchareb nous fait entendre la douloureuse ballade de la tragédie africaine née dans les plantations de coton et qui continue de nos jours dans le rues de Harlem... Esclaves à identité décapitée, leurs rejetons fiers de cette blessure, immigrés africains d’aujourd’hui sans papiers, telles sont les images qui sautent aux yeux du vieux sénégalais au contact de cette Amérique si convoitée. Mais notre vieux sage, doté d’un capital précieux (l’amour), ne s’enfonce pas dans la fange engendrée par le dieu-dollar... Il sèmera un peu de cet amour dans le jardin d’une descendante d’esclaves avant de retraverser l’océan, mais cette fois en homme libre... Avec Little Sénégal, Rachid Bouchareb en restituant la mémoire des esclaves nous rappelle que la dignité de tous les transplantés du monde est encore un combat à livrer...Ali AKIKA
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