Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Emmanuelle DemorisMafrouza est un film en 5 parties tourné par Emmanuelle Demoris au fil de deux années passées à Mafrouza, bidonville d’Alexandrie construit sur le site d’une nécropole gréco-romaine. Partant des premières rencontres avec ses habitants, Mafrouza raconte les destins de quelques personnes qui se répondent en une chronique polyphonique.Si la vie est dure à Mafrouza, tous résistent avec grâce et force. Adel et Gahda, jeune couple à la recherche du bonheur, Mohamed Khattab, épicier-cheikh humaniste, Hassan, voyou chanteur épris de liberté, Abu Hosny, vieux solitaire au logement inondé, la paysanne Om Bassiouni et son four à pain, les Chenabou, famille de chiffonniers, Gihad, jeune lutteuse, tous incarnent et racontent cette résistance qui est la leur et qui fait de leur quartier un espace de liberté et de vitalité.Mafrouza prend le temps de rentrer dans ce monde pour en saisir les complexités, mais aussi pour raconter à travers ces histoires la rencontre entre ces personnes de Mafrouza et celle qui vient les filmer. Car cette expérience de rencontre pose des questions de cinéma et interroge le regard que nous portons sur l’autre. Et si Mafrouza donne l’occasion de battre en brèche les idées reçues sur les pauvres, l’Orient ou l’Islam, il questionne ainsi aussi en miroir notre façon de regarder et de vivre (en Europe ou ailleurs).
Mafrouza, le choc filmique d’Emmanuelle Demoris n’est rien moins qu’un film-monde dont les thèmes et les espaces, loin d’être des îlots découpés selon un regard préconçu, livre le continuum d’une expérience autant de cinéma que d’humanité lumineuse, celle des gens de Mafrouza, dont l’art de l’oralité et la précarité flamboyante font raison à Pasolini qui savait que les bidonvilles recèlent les héros de la tradition. Huit heures, découpées en cinq parties chronologiques mais construites comme des unités indépendantes : film d’immersion et de partage, où nous embarquons pour un voyage au long cours, de ces voyages qu’on veut prolonger tant on y expérimente intimement le renversement du connu et de l’inconnu en étrangeté familière. Film opératique où se concertent paroles, scènes de la vie ordinaire et chants improvisés par lesquels Hassan, coryphée bouleversant, scande et commente le quotidien de la dizaine des personnages qui nous ouvrent leur porte et leur cœur. Laissons nous embrasser par ce fleuve vivant, laissons nous embraser par les ombres et les lumières de Mafrouza. Cati Couteau
Shellac
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Les Films de la Villa
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Mafrouza, un cycle de 5 films de Emmanuelle Demoris
Mafrouza tire son nom d’un quartier informel d’Alexandrie, détruit en 2007 après que les cinq films y ont été tournés sur plusieurs années. Chaque film constitue un récit autonome qui peut se voir indépendamment des autres et l’intégralité du cycle peut se voir dans l’ordre chronologique comme dans le désordre.
(Mafrouza 1 - 2h18 - 2007)
(Mafrouza 2 - 2h34 - 2007-2010)
(Mafrouza 3 - 2h32 - 2010)
(Mafrouza 4 - 2h22 - 2010)
(Mafrouza 5 - 2h35 - 2010)