Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de et Lokman Slim et Hermann TheissenDu 16 au 18 septembre 1982, pendant deux nuits et trois jours, « Sabra et Chatila », chef-lieu de la présence palestinienne civile, politique et militaire au Liban est mis à feu et à sang. Vingt ans plus tard, six participants à ce massacre qui a choqué l’opinion publique mondiale racontent pour la première fois leurs excès meurtriers et barbares. Ni parodie de tribunal, ni séance de thérapie, Massaker laisse parler des tueurs pour ouvrir, au-delà de ce massacre, une réflexion sur la violence collective.
Massaker, film sur les bourreaux de Sabra et Chatila. Les réalisateurs les mettent en scène avec un certain culot. Ils filment en huis clos leurs récits et jamais la tension dramatique, ni la densité des témoignages ne s’étiolent. Les bourreaux, phalangistes libanais, tournent en rond tels des fauves en cage. On ne voit pas leurs visages, mais leurs corps s’imposent et l’on entend avec effroi la litanie de leurs crimes, leurs remords et leurs ressentiments. Car, avec le recul, ils se sont rendu compte qu’ils resteront des monstres et qu’ils avaient été les pantins manipulés par une frange de l’armée israélienne. Jean Genet a écrit un texte admirable sur Chatila a précision de ses mots et la beauté de sa langue ont fait du témoignage de l’écrivain le plus terrible des réquisitoires. Massaker prouve que le cinéma peut aller à la recherche des faits chez les bourreaux quand bien même ils effacent les traces de leurs forfaits. Car les bourreaux savent que leurs corps, leurs paroles témoignent de leurs crimes et en véhiculent les preuves. Parce que la caméra colle à la peau des personnages, parce que leurs paroles ne sont pas parasitées, parce que l’espace filmé n’offre aucune échappatoire, pour toutes ces raisons, Massaker nous rappelle que le cinéma est un art provocateur qui entretient la mémoire.
Ali AKIKA, cinéaste
Massaker est un film âpre et radical, un film sans visage. Des hommes, soldats-bourreaux lors du massacre de Sabrah et Chatila, parlent dans l’ombre pour rester en vie. Mais leurs corps, leurs peaux et leurs muscles sont là, aussi vivants que le furent un jour leurs victimes. Ils racontent l’ordre ultime qu’ils reçurent et qu’ils exécutèrent froidement : tuez-les tous ! Leur parole se veut objective, descriptive, matérialiste pour tenir le remord à distance. Et pourtant l’absence de jugement les torture. Cette parole est celle de tous les bourreaux, antiques et modernes. La guerre, c’est de toute éternité : « un morceau de fer dans un morceau de chair ». Ces mots sont terribles et précieux à la fois parce qu’ils évoquent des images bien plus atroces que toutes les images banalisées et laissent entrevoir l’effrayante banalité du mal.
Charles CASTELLA, cinéaste
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