Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Claire SimonMimi n’est pas une vedette c’est quelqu’un. J’ai voulu faire un film de la vie de Mimi. De la vie de quelqu’un, donc. M’attacher le plus possible à cette singularité afin d’y rencontrer le romanesque d’une vraie vie. Que j’allais découvrir en la filmant. Là, dans sa ville à Nice, ou à la montagne, au gré des lieux familiers ou inconnus où j’ai filmée, j’ai attendu que son histoire que je ne connaissais pas encore lui revienne, et qu’elle me raconte les scènes qui composent son roman personnel.
Mimi a la soixantaine.
Telle un guide, elle nous montre Nice et ses faubourgs, raconte ses souvenirs d’enfant, se dévoile un peu. Pendant longtemps, on ne sait pas trop d’où elle vient, ni ce qu’elle veut dans la vie. Mais il s’installe entre elle et nous une sympathie, l’envie d’en savoir plus, de communiquer.
Film sur l‘existence d’une femme au destin unique, « La Vie de Mimi », le dernier documentaire de Claire Simon, fait voyager le spectateur dans la mémoire et le présent d’une région. C’est dans un incessant aller-retour entre le singulier et le collectif, entre le typique et l’universel que se tisse la matière de ce film beau et troublant. Cette oscillation entre le petit et le grand, qui laisse libre cours à l’imaginaire, se retrouve jusque dans les choix de cadrage, avec une caméra qui se plaît à passer du visage halé de l’héroïne aux paysages tour à tour dévastés et sublimes des Alpes Maritimes.
C’est d’ailleurs toute la force du film que de ne rien imposer, de tout suggérer et donc de tout autoriser (les lieux, dans ce film, qui appellent les souvenirs de Mimi, prennent souvent valeur de symbole pour nous : une maison devient La Maison, une gare devient La Gare, etc.). Et chaque morceau d’espace, autoroute suspendue ou montagne ensoleillée, chaque personnage, qu’il soit convoqué par la parole de l’héroïne ou croisant l’objectif de la caméra, s’affirme comme un encouragement à questionner notre propre histoire.
François Lunel