Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Tony GatlifMondo surgit à Nice en 1995, personne ne peut dire d’où vient ce petit garçon d’une dizaine d’années au visage rond et tranquille, aux yeux sombres ; mêmes son accent, léger et chantant, ne permet pas de le situer. Petit à petit, il prend place dans la ville : on le croise au coin d’une rue parlant à un clochard, Dadi, puis près de la mer avec Giordan le pêcheur qui lui apprend sur des galets les lettres de l’alphabet.Avec générosité et naturel, Mondo partage : il partage le pain, offert par la boulangère et lui rend un sourire, il partage avec ceux qui, comme le magicien lui apprennent l’équilibre, en échange, toujours il offre un regard, une promesse, un bonheur.Ce bonheur, il le fait surgir dans la maison et le coeur de Thi Chin, femme elle aussi venue d’ailleurs et qui espère si fort que l’enfant va rester.Mais il part, Mondo, il a le monde à voir, il doit poser à d’ ;autres cette question, dix fois formulée : « est-ce que tu veux bien m’adopter ? » qui est sa façon à lui dire « Je t’aime ». Il finira par se heurter à la violence des hommes et à l’injustice de la société alors il disparaît et c’est la ville entière qui se sent orpheline.
Que serait un monde où la mer serait couverte d’oranges aux inscriptions venant d’ailleurs. Un monde où un lettré en calligraphie apprend à un enfant les lettres romaines sur des galets. Un monde où le ménorah judaïque et l’orient sont une seule et même personne, la tendresse du regard de toutes les grand-mères du monde. Ce monde où les ascenseurs sont des avions, c’est celui de Mondo. Un monde qui est là devant nous, et pourtant rêvé. Rêvé car cette existence où tous seraient adoptés par tous, le petit Mondo, qui vient de nulle part, le traverse comme une évidence. Rêve car cette évidence n’appartient pas à une société où les muselières, comme les fourrières, ne sont pas faites pour les chiens.Mondo est un conte philosophique, irradié par la beauté d’un enfant, traversé par la modestie de toutes les histoires profondes. Filmé avec la liberté de toutes les beautés errantes qui, film après film, font de Tony un auteur d’une sincérité salutaire. Je suis sûre que Mondo s’adresse à tous, de l’âge du premier regard sur le monde à la dernière flamme d’espoir. Mondo rend l’humanité plus belle. Jean-Henri ROGER