Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Christophe Van RompaeyMoscou, une banlieue ouvrière à Gand, en Belgique. Matty, mère de trois enfants, heurte le camion de Johnny sur le parking d’un supermarché. Il est furieux des dégâts occasionnés à son pare-chocs et insulte Matty qui ne se laisse pas faire. Leur discussion se transforme alors en dispute et la police doit intervenir. Arrivée chez elle, Matty prend un bain chaud pour se remettre de ses émotions, quand le téléphone sonne. C’est Johnny qui appelle pour s’excuser de son comportement, mais Matty lui demande de rester hors de sa vie. Un peu plus tard, Johnny vient pour réparer les dégâts faits à la voiture de Matty. Ses enfants sont surpris d’assister à cette dispute entre Matty et Johnny, qui beaucoup plus jeune qu’elle. Très rapidement, ces derniers sortent boire un verre et finissent dans le même lit. Werner, le mari de Matty, est jaloux. Il a quitté Matty cinq mois auparavant, mais continue de repousser le divorce. Il découvre que Johnny a un casier judiciaire (il battait son ex-femme). Matty est secouée par cette nouvelle et Werner lui confie qu’il veut revenir vivre avec elle. Matty lui assure qu’il n’y a désormais plus rien entre elle et Johnny. Quelque temps plus tard, quelqu’un sonne à la porte. C’est Johnny, il est de retour d’Italie avec de belles chaussures rouges... Moscow, Belgium est une comédie dramatique sur une femme pleine de bosses et de bleus.
MOSCOU BELGIUM commence par une malencontreuse marche arrière, pourtant sous l’apparente légèreté de la comédie, « du marivaudage », il aborde de manière frontal l’ambiguïté de nos sentiments et de nos choix, notre difficulté à les confronter à l’épreuve du quotidien. Matty, la quarantaine, a trois enfants et un mari, professeur d’art plastique, qui vient de la quitter pour vivre avec une de ses élèves de vingt ans de moins que lui. Alors qu’elle espère son retour, elle rencontre Johnny, camionneur, lui aussi plus jeune qu’elle. A partir de ce moment, la vie de toute la famille commence à dérailler de manière insidieuse mais aussi chacun se dévoile. L’écriture sans détours du réalisateur, Christophe Von Rompaey, décrypte avec délectation et ironie ce que bien souvent nous passons notre temps à étouffer, à dissimuler. Il nous interpelle sur la bienséance de la pensée unique, égratignant au passage un certain ostracisme intellectuel qui croit posséder le monopole de l’intelligence. Dans un univers, plus morne que laid, et sans jamais perdre espoir, il préserve un bout de ciel ou d’horizon et nous renvoie face à nous même grâce au jeu impeccable des acteurs dont le fort accent flamand donne une note singulière et colorée. Avec une mention spéciale pour Barbara Sarafian, dont l’aspect physique évolue de la banalité à une grande beauté au gré des aléas de la vie. C’est un film optimiste et salvateur qui parle enfin de gens qui nous ressemblent.
Béatrice Champanier réalisatrice, membre de l’ACID
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