Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Sandrine RinaldiC’est une liaison ancienne qui a laissé des traces, de plusieurs sortes :-S’il n’y a plus d’amour, des preuves d’amour toutefois subsistent, des lettres, surtout des photographies ;-puis, comme elle était tombé amoureuse, il est arrivé par suite que la jeune femme, très éplorée, tombe malade... Et puisque son ancien amant veut à tout prix récupérer les photographies d’amour qu’elle détient, le meilleur moyen d’effacer toute trace n’est -il pas, pour commencer, de se soucier de la santé de mademoiselle ?
C’est une histoire de langage. D’une grande maladie du langage, en panne, interloqué entre avenir et passé, à un moment où l’on n’y voit plus clair dans la matrice du présent ? comme elle dit ?, qui devrait bien, pourtant, le présent, comme on nous l’a appris en rachachant*, normalement, être gros d’avenir. Mais ici la mystification, la manipulation, le cynisme et la crapulerie vont bon train. Alors il faut lutter contre le bruit du train qui passe et qui repasse, parler plus fort, coûte que coûte, et croire encore aux amours pourtant si démontées : à la vie. Et c’est sans doute aussi, du coup, la panne du langage au cinéma. On ne peut pourtant pas continuer à y faire comme si de rien n’était, rien que du lisse et du joli, de la belle ouvrage. C’est une histoire pathétique d’enfants désemparés qui n’ont plus guère que les textes, entre le vrai le faux, le faux vrai, le vrai faux, la tentation de croire en tout ce qu’on voudra pourvu qu’il y ait l’amour, même en sachant... C’est que les loups sont entrés dans Ivry, cessez de rire, charmante Elvire, les loups, les loups sont entrés dans Ivry. Avec les avertissements de Denis Diderot, qui, en son temps, fit son possible. Avant les trains, avant le cinéma.
* film de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet.
Marie-Claude Treilhou
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