Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Jean-Pierre SinapiCe film est une comédie qui a pour cadre un foyer de vie pour handicapés moteurs adultes près de Toulon... et de la N7. Il a pour héros, d’une part René, myopathe de cinquante ans au caractère irascible et rebelle, unanimement détesté et d’autre part, Julie, éducatrice spécialisée débutante à qui on s’est empressé de confier la responsabilité de cet insoumis.Les provocations de René ne résistent pas à la candeur et à la droiture de Julie. Lui, qui ne s’est jamais confié, lui avoue qu’il veut faire l’amour avec une femme avant qu’il ne soit trop tard, avant que sa maladie évolutive ne le rattrape définitivement.Julie, avec le courage démesuré des timides, se met en quête d’une de ces prostituées qui oeuvrent en camping-car le long de la nationale.René fait enfin l’amour. Il devient le plus délicieux des hommes. Les autres handicapés qui n’en reviennent pas de sa métamorphose, cherchent à savoir pourquoi. Ils découvrent la raison de ses absences mystérieuses et répétées. C’est tant pis pour ceux qui voulaient hypocritement garder la chose secrète. Et c’est tant mieux pour les autres.
Le sujet du film, la sexualité et la solitude des handicapés dans un centre d’hébergement, pouvait faire craindre un film socio-cul austère. Nationale 7 est un magnifique film sur la drôlerie de la nature humaine. L’humour et les situations cocasses permettent aux spectateurs d’échapper à la gravité et de rire quelquefois à leurs dépens. Sinapi se révèle ici un exellent directeur d’acteurs avec des comédiens tous impressionnants de justesse : Nadia Kaci, Olivier Gourmet, Saïd Taghmaoui pour ne citer qu’eux. On pourrait reprocher à Sinapi une mise en scène juste bonne à filmer son histoire avec une caméra DV. Mais Sinapi colle à son sujet, ne lâche jamais ses personnages qui deviennent au fil du film plus mystérieux et profonds. Cette micro-société nous apparaît le reflet de la nôtre, société de non-dits, d’hypocrisie, de cloisonnement. Sinapi dans ce film arrive à un dénuement où l’humain s’expose crûment, n’hésitant pas à révéler ses faiblesses et son ignominie. Mais cet humain ainsi dévoilé, nous montre sa formidable capacité à construire l’avenir.Dominique BOCCAROSSAChristophe LOIZILLON
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