Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Valérie MinettoCheyenne, jeune journaliste en fin de droits, décide de quitter Paris pour mener une vie marginale à la campagne. Elle laisse derrière elle la femme qu’elle aime, Sonia, prof de physique-chimie dans un lycée parisien, qui fait tout ce qu’elle peut pour l’oublier… Mais ça n’est pas si facile. Comment concilier ce qu’on veut et ce qu’on peut ? Ce qu’on pense et ce qu’on fait ? Celle qu’on aime et ce qu’on refuse ? Oublier Cheyenne est une fable contemporaine sur la nouvelle précarité, le besoin de changer les choses, et la puissance de l’amour...
Dans Oublier Cheyenne, deux femmes qui continuent de s’aimer, tentent « à corps perdu » d’oublier leur relation passionnelle. L’une, contrainte par la réalité économique (suite à un chômage de trop longue durée) a fui hors de la ville, poussée par son dégoût de la société. L’autre, professeur de chimie, est en revanche bien ancrée dans le monde. Elle s’efforce au hasard des rencontres de renouer des liens affectifs. Le registre pourrait s’en tenir à une comédie de mœurs bien huilée, pourtant, très vite, le film dévie vers une poésie sociale, où la réalisatrice brise l’espace réel des personnages qui se mettent à parler à travers les murs, apparaissent puis disparaissent au gré des envies et des désirs de chacun. Ce procédé nécessaire de décalage transporte les acteurs hors de leur propre corps, jusqu’à leur donner une matière nouvelle, sorte de distillation des sentiments et du désir. Le propos du film est ambitieux ; raconter une histoire d’amour par le manque et l’absence, récit déconstruit d’une passion dévorante. Ce sont les personnages secondaires qui reconstituent dans une chronologie inversée le puzzle de cette histoire donnée d’abord par bribes. On est tenu du début à la fin du film, transporté par cette quête du désir physique, où chaque personnage, chaque histoire à l’intérieur de l’histoire ébauche une équation mentale aussitôt réfutée par ce besoin charnel de l’autre. Un film attachant, délirant parfois, fort en tout cas d’un véritable regard de cinéaste, qui observe à travers le prisme du désir, la société, et tente d’y déceler toute la poésie.
Les Films du Paradoxe
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