Pourquoi Filmez-vous ? « Pour courir plus vite que le doute. Pour tenter de retrouver la grâce perdue. Pour mettre l’ennui de vivre sur liste d’attente. Parce que, les histoires, je préfère les raconter plutôt que les vivre. Parce que dans la vie, on n’a pas le final cut. Parce que Dieu est un metteur en scène dont je jalouse chaque mauvaise idée. »
François Zabaleta, cinéaste
Un film de Alexandr SokurovTranscription libre et en images des citations de la prose classique du XIXe siecle, et surtout du roman de Dostoïevski « Crime et chatîments ».
Un film qui saisit l’âme et la transporte au dedans, au dedans de sa propre faille sismique. Lieu de strates, de plaques et d’écorces poétiques.
Un film qui ne donne pas à voir mais où l’on cherche à voir à travers la matière même du cinéma, comme on cherche aussi à se frayer un chemin dans les murmures, les chuchotements qui accompagnent des silences terrifiants.
Mais c’est dans le rythme sans doute, que se trouve la véritable expérience visuelle. Un rythme qui est bien loin de ce qui devient aujourd’hui un Genre : le film speed, « le film qui va vite ».
Ici, le temps se dilate jusqu’à l’hallucination, jusqu’au tremblement de l’esprit.
Le cinématographe a cent ans et ce film est un formidable cadeau d’anniversaire mais il est, aussi étrange et paradoxal que cela puisse paraître, la preuve que le cinéma est beaucoup plus ancien, qu’il est dans nos esprits depuis la nuit des temps, depuis le jour où nous avons tous eu une âme…
Reste à savoir ce qu’elle va devenir : L’âme !
Alain RAOUST, cinéaste
Le monde halluciné
Un immeuble qui sort de la matière au cinéma, une caméra qui tangue, de la pellicule qui ne serait ni noire ni blanche mais qui aurait choisi d’être trace du monde et mémoire du cinématographe.
Un corps sorti des « bas-fonds » mais sans le roman et les dialogues, une bande-son qui murmure autre chose que la voix, mais qui inscrit le plan de l’éternité.
Des êtres de ceux que l’on ne compte pas qui se jettent dans le vide, vers la mort sans doute. Le doute car cette caméra qui regarde ce que l’on ne voit pas, n’inscrit jamais du hors champs, seulement du non-vu. Une photo dans la durée pour que ce monde halluciné nous rappelle que tout vient de là, de cette profondeur, de ce réalisme.
Un drame réaliste comme dans Chaplin ou Griffith, pour nous rappeler que la poésie est noire.
Un corps aimant pour affirmer cette révélation : la douleur ne naît pas de la lumière mais des êtres.
Un dialogue qui nous rappelle que le cinéma doit être sonore. Un tableau avec toutes ces couleurs pour que le regard apprenne le temps.
Ivan Le Terrible, lové dans une statue, le regard hors du monde, pour nous dire que la Russie a plus de cent ans, mais aussi Buster Keaton à St Petersbourg pour affirmer cette réalité terrible : qui sait si la Russie existe encore ?
Un immense cinéaste, Sokourov, pour nous faire rêver que le cinéma existe et qu’il dépend de nous qu’il ait plus de cent ans.
Jean-Henri ROGER, cinéaste