Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Lucas BelvauxCa commence par une fin de nuit à Paris, une nuit pleine de vin et de souvenirs communs qu’ils se racontent jusqu’à plus soif, jusqu’à ce que l’heure soit suffisamment avancée pour qu’il faille songer à rentrer, chacun chez soi. Mais l’envie de rester ensemble est la plus forte, et, sans rien se dire, ils essaient de prolonger ce moment d’intimité, d’arrêter le temps. Alors c’est la fuite en avant, un prétexte futile, un départ précipité vers un bateau dans un port : « PASSION ». Ils sont trois. Delphine est grande, rousse, elle a un rire franc, sonore, trente ans et un bébé Léon. Daniel a quarante ans, ce qui lui faisait vingt ans dans les années soixante-dix, la décennie des rêves, il en rit encore. Fernand est le plus jeune, vingt-six ou vingt-sept ans, un mètre quatre-vingt-quinze, cent kilos, un physique sans mesure et le reste à l’avenant, son amour pour l’océan le submerge, son rire le terrasse parfois. A la poursuite du bonheur, ils vont se dévoiler, montrer peu à peu ce qu’ils voulaient cacher, ils vont attirer des solitudes plus grandes encore que la leur et les abandonner à leur triste sort, aimants qui attirent et repoussent. Puis il faudra rentrer, fermer la parenthèse, retourner vers son quotidien, la réalité, se résoudre à se séparer, un peu meurtri. Ils n’auront pas vu « PASSION ».
Ça commence par une fin de nuit à paris, une nuit pleine de vin et de souvenirs communs qu’ils se racontent jusqu’à plus soif, jusqu’à ce que l’heure soit suffisamment avancée pour qu’il faille songer à rentrer, chacun chez soi. Mais l’envie de rester ensemble est la plus forte et, sans rien se dire, ils essayent de prolonger ce moment d’intimité, d’arrêter le temps. Alors c’est la fuite en avant, un prétexte futile, un départ précipité vers un bateau dans un port : « passion »......Ce premier film n’est pas à proprement parler un road movie. Non. Ce qu’on appelle « la route » dans ce genre de film traverse par définition des espaces anonymes peuplés d’étrangers, et de déserts... C’est plutôt un « territory movie » dont il faudrait parler, d’un film territoire, tant il est vrai que son propos se confond avec la portion de terre humaine (le Nord) traversée par les personnages du récit. Étangs, Canaux, Cafés, Passé, Présent... et même Présent-Parfait : le temps qu’il manque en français pour exprimer l’idée d’une action en train de se faire, d’un drame en train de se nouer, et que ce film conjugue de si élégante manière...
Serge LE PERON