Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Fredi M. MurerDans Pleine lune, douze enfants disparaissent simultanément à travers tout le pays, des quatre régions linguistiques de Suisse. La police et les médias trouvent de nombreuses traces et pistes, mais aucune explication pour ces disparitions spectaculaires qui ne sont revendiquées par aucun ravisseur. Au bout d’une semaine, tous les parents reçoivent de leur enfant le même message qui ressemble à un oracle. Avant la prochaine lune, il faudra qu’ils en aient décodé le sens caché et qu’ils aient satisfait aux exigences posées. Une histoire dramatique et ironique qui traite de l’état de la Suisse. Une Suisse qui sert de métaphore. Ou encore : un plaidoyer pour moins de logique et davantage d’imagination.
Un chanteur, que certains ont peut-être vu cette année dans le Vercors, sauter à l’élastique, (ou plus anciennement dans le beau film de Alain Mazars : Ma Soeur chinoise) vocalise dans une chanson de son très remarqué dernier album, quelques questions intrigantes : « Sommes-nous la sécheresse ?Sommes-nous les eaux troubles ?Sommes-nous la connivence ? »Quel rapport avec Vollmond ? Pleine lune en français, le nouveau film de Fredi Murer, cinéaste suisse et auteur entre autre, de L’âme soeur dont on se souvient. Film d’altitude, d’une incroyable grâce, sur l’inceste entre une soeur et son frère. Trois fois rien, la forme interrogative d’abord : Sommes-nous ? Et les quelques mots qui suivent : sécheresse, eaux troubles, connivence. En clair, à force de naviguer en eaux troubles de complicités douteuses ne devenons-nous pas aussi secs qu’un sarment ? Et, principale question du film : De cette sécheresse quel monde avons-nous alors à proposer à nos enfants ? Réponse du cinéaste : ... Un monde qu’ils cherchent à fuir. Le film de Fredi M. commence par la disparition d’un enfant, bientôt rejoint par onze autres, ce qui fait douze. Ah, ah ! Oh là ! Oui, mais douze apôtres d’un genre plutôt proche de celui des Popys. Groupe d’enfants, qui chantaient au milieu des années soixante-dix : « Non, non, rien n’a changé. Tout, tout a continué ». De facto un commissaire enquête sur ces étranges disparitions. Un commissaire aussi calme, presque aussi transparent que le nom qu’il porte Vasser : l’eau... La suite ? Elle est purement et simplement fantastique. On y croise pêle-mêle l’ombre de Friedrich Willhem Plumpe dit Murnau. Fredi Murnau, au détour d’une photo, qui devient la véritable synapse entre les disparus. L’écrivain Lilian Jackson Braun dans la présence du seul et unique compagnon de Vasser : son chat ; grâce auquel il résout son enquête. Du Land Art. Un foutoir télé véritablement à la hauteur de la connerie de Perdu de vue . Un vrai montagnard suisse avec sa vraie barbe. Brautigan et sa pêche à la truite, sauf que nous sommes ici en Suisse et pas dans le Montana. Une Suisse divisée, étonnamment éclatée, quasi schizo-phrénique. Le cinéma, qu’est-ce que c’est ? A cette question que se pose quotidiennement un certain critique dans un certain journal, et à laquelle il répond dans un style impeccable, Fredi Murer semble apporter son grain de sable à l’édifice : ... Une pleine lune, des enfants qui disparaissent, de l’eau claire, un pays qui n’existe pas... Pourquoi pas comme dit l’autre, ci-dessus mentionné.Alain RAOUST
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