Pourquoi filmez-vous ? “Trivialement, pour me rendre intéressant, au moins à mes propres yeux. Probablement, parce que mes héros de l’adolescence faisaient des films. Manifestement, pour travailler sur les questions qui me préoccupent. Concrètement, pour montrer qu’un autre type de spectacle est envisageable. Ambitieusement, pour insérer dans l’art du cinéma quelques objets qui n’y étaient pas.” Philippe Fernandez
Un film de Lucas BelvauxNicolas vit avec Alice et prend soin de Juliette. Alice vit avec Nicolas et fait l’amour avec Gaspard. Lequel attend qu’Alice quitte Nicolas. Juliette sert d’alibi à Alice, se fait manipuler par Nicolas, prend un café avec Gaspard et aime Michel. Lequel exagère et quitte Juliette pour Romance. Laquelle fait joli dans le paysage. Paris prête ses rues où ils se croisent, se poursuivent, se rencontrent, se cherchent, se quittent, se retrouvent.
Plaisir, c’est le mot qui vient à l’esprit. D’abord le plaisir que nous donnent les acteurs, plaisir sans lequel il n’y a pas de comédie. Léaud, sous le regard de Lucas, je n’ai pas peur du mot, est génial. Génial car il nous surprend à chaque plan, plus exactement on se demande comment il va finir la séquence, toujours à la limite de la rupture, il invente à chaque instant ce qui semble permettre le plan suivant.Le jeu de Léaud ne prêche pas dans le désert, tous sont justes dans cette comédie qui n’est pas que pour rire. La subtile mécanique du scénario nous mène dans l’émotion parfois désespérée du refus de la solitude. Les quatre êtres se croisent et se détournent l’un de l’autre, pour finalement ne pas supporter se regarder partir, vanité parfois de l’amour.Quatre plus un, les cinq mousquetaires, tant il y a de la jubilation à voir ce film ! Le cinquième, qui fait le choix de la solitude, jusqu’à la rencontre de l’être aimé (Ornella Muti, la femme de Léaud) est le metteur en scène de son propre échec, comme si trop d’absence dans le territoire amoureux le rendait incapable de mener la ronde.La force de Lucas, c’est à travers une mise en scène d’une grande fluidité et élégance, de nous promener dans l’intimité de ses personnages, intimité où la méchanceté est toujours absente. La preuve est faite que l’on peut faire un film où le couple amour-jalousie soit présent, sans faire appel à la haine.Alors pour la joie de chaque plan, le plaisir des acteurs, et pour rire de soi, on a envie de revoir le film de Lucas. Jean-Henri ROGER
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Paulo BRANCO